C'est un programme en cours de mise en oeuvre, déjà testé pour ma part en quatrième et en Terminale, mais pas encore en classe de première ou pour d'autres niveaux.
Education à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle
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Les problèmes associés à la diffusion de l'image de soi au XIXe siècle. Viriginia de Castiglione
Notions et compétences (programme officiel) :
- Définir la notion de relation (échange, don, partage, réciprocité), les positions au sein des groupes d’appartenance, la notion de consentement dans son rapport à la liberté.
- Connaître les incidences des réseaux sociaux sur les relations et les choix de relations : être ou ne pas être sous le regard des autres ; examiner ce que ce regard des autres apporte à l’affirmation de soi et à la reconnaissance, pourquoi il peut aussi nuire et comment s’en protéger.
- Comprendre les problèmes associés à la diffusion et au commerce des images (des autres ou de soi). … Identifier, à partir d’exemples fictifs, des attitudes qui permettent : de reconnaître les risques liés à la diffusion d’images (dont des images qui exposent des corps nus, partiellement nus ou sexualisés) et comment s’en protéger
- Comprendre la notion de pornographie, la différencier des contenus érotiques et prendre conscience que la pornographie représente, de manière faussement réaliste et stéréotypée, des actes sexuels dépourvus de toute dimension affective ou sentimentale et souvent violents.
- Comprendre les raisons de l’interdiction d’accès des mineurs à la pornographie, inscrite dans le Code pénal.
Document réalisé en août 2025 par Vincent Badré, professeur d’histoire géographie.
Les parties personnelles du texte sont sous licence Créative Commons limitée : CC-by-nc-nd (Attribution / Pas d’Utilisation Commerciale / Pas de Modification).
https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/deed.fr
Des citations tronquées de manière à fausser le sens de ces écrits pourront être dénoncées et poursuivies.
Ces textes ne sont pas à prendre comme une prescription obligatoire, mais comme une invitation à la réflexion personnelle et collective qui puisse s’emparer de la complexité d’une question par la pluralité des regards qu’elle produit.
Objectifs et compétences.
Une approche indirecte.
La forme de cette proposition est volontairement allusive et indirecte. Elle s’inscrit dans une pédagogie du détour et de la distance qui cherche à passer par des objets d’étude indirects pour évoquer des questions sensibles. Des apports symboliques[1] ou historiques indirects mais reliés à la question posée sont un moyen d’évoquer des dimensions qui peuvent être délicates ou douloureuses pour certains élèves sans aller contre leur intimité et leur liberté de conscience.
La question de l’usage direct d’éléments précis se pose tout particulièrement pour traiter des dangers des réseaux sociaux et de l’exploitation des images pornographiques.
Pour une réflexion sur les normes de l’(in)décence commune au XIXe siècle.
Le détour par le XIXe siècle pourrait se faire en évoquant le débat sur le nu dans la peinture d’histoire et dans la peinture moderne, entre Alexandre Cabanel, Emile Zola et Edouard Manet.
Il peut aussi se faire en parlant du rapport à l’image de Virginia de Castiglione. Certains de ses biographes soulignent les effets des regards portés sur cette jeune femme et leurs rapports avec les normes sociales de son époque.
Elle vit en effet toute l’ambiguïté des injonctions à la décence qui fait recouvrir les corps tout en jouant souvent sur leur dévoilement partiel. Elle met aussi en jeu son image et sa réputation par sa relation adultère avec le souverain du moment, en subissant les conséquences d’une liaison qui ne peut pas ne pas être révélée publiquement. Elle traverse alors les sentiments mélangés de l’engagement dans une liaison et de la déception de la voir s’interrompre.
Dans un rapport déréglé à l’image de soi.
La particularité de la vie de Virginia de Castiglione se trouve dans son rapport à la photographie de soi. Elle utilise en effet intensément cette technique, alors nouvelle. Elle recourt très fréquemment aux services d’un photographe, qui la met en scène par des images très travaillées. Le photographe et la photographiée s’associent pour créer des images signifiantes. Elles sont remplies de robes, de décors et d’évocations visuelles et symboliques. Certaines sont théâtrales et d’autres évoquent des moments de la vie réelle de Virginia de Castiglione (avec la robe aux cœurs par exemple). Ces photographies documentent aussi l’évolution d’un regard sur soi et sur le regard des autres. Elles passent de l’image sage et évocatrice d’une jeune beauté triomphante à celles qui accompagnent une liaison tapageuse. Elles montrent ensuite un retour à la photographie, pour une femme nostalgique de sa jeunesse perdue, qui fuit les regards directs tout en faisant photographier pour elle-même les traces de son vieillissement.
Avant ou pendant sa liaison avec Napoléon III.
Marie Petitot, « La Castiglione, ses photos : fascination et modernisme », plume-dhistoire.fr, 4 octobre 2015
https://plume-dhistoire.fr/la-castiglione-ses-photos-fascination-et-modernisme
Milan.
Parée d’une ombrelle.
Le regard.

Après avoir été laissée de côté par Napoléon III.
La robe aux cœurs.
Le Regard (1861 – 1867)
Le voile

Un retour tardif à la photographie, pour documenter la nostalgie et le vieillissement.
Marie Petitot, « La Castiglione, ses photos : folie et obsession », plume-dhistoire.fr, 25 novembre 2015
https://plume-dhistoire.fr/la-castiglione-ses-photos-folie-et-obsession
Vers 1875.
Le double reflet.
Le bonnet de police vers 1894

Biographie de Virginia de Castiglione.
Très jeune et très belle cousine de Camillo Cavour, Président du conseil des ministres du royaume de Piémont Sardaigne, Virginia de Castiglione est envoyée à Paris pour tenter de séduire Napoléon III et de lui rappeler ses engagements de jeunesse en faveur de l’unité italienne. Mariée, très jeune et souhaitant jouer un rôle politique, elle part à Paris, avec son mari et utilise son argent pour se faire bien voir à la cour impériale.
Elle parvient manifestement à séduire l’empereur Napoléon III le 27 juin 1856 et s’affiche avec des robes spectaculaires à la cour. L’une d’entre elles est parsemée de cœurs et l’impératrice remarque, sarcastique, que certains d’entre eux sont placés « un peu trop bas » et presque entre ses jambes.
Rejetée assez vite, Virginia de Castiglione tente de revenir, puis s’isole. Préoccupée par son image elle refuse qu’on la voie vieillir mais se fait photographier plus de trois cent fois par Pierre-Louis Pierson, dans les robes du temps de sa jeunesse.
L’opposition de l’épouse et d’une des maîtresses de Napoléon III manifeste alors deux manières de vivre une ambition politique dans les rôles assignés aux femmes de l’époque. L’une les accepte et s’en sert tandis que l’autre dit que la justice « faite par les hommes, c’est l’injustice pour la femme »[2].
Sources.
Benedetta Craveri, La contessa, Flammarion, 2021
Marianne Nahon, La Comtesse de Castiglione, La différence, 2009
[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/07/02/muriel-szac-autrice-et-editrice-la-question-est-moins-l-emploi-du-temps-que-la-place-offerte-aux-enfants-en-ce-monde_6617332_3232.html
[2] Benedetta Craveri, La contessa, Flammarion, 2021
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Eléments pour une séquence EVARS première.
Etude de documents sur le déni des violences et sur la divergence des points de vue.
Notions et compétences (programme officiel) :
Reconnaître la diversité humaine dans son ensemble, en considérant la variété des orientations sexuelles et des identités de genre.
Prendre conscience des conséquences du déni des violences qu'il peut engendrer envers soi comme envers les autres et étudier les possibilités de les prévenir.
Document réalisé en août 2025 par Vincent Badré, professeur d’histoire géographie.
Les parties personnelles du texte sont sous licence Créative Commons limitée : CC-by-nc-nd (Attribution / Pas d’Utilisation Commerciale / Pas de Modification).
https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/deed.fr
Des citations tronquées de manière à fausser le sens de ces écrits pourront être dénoncées et poursuivies.
Ces textes ne sont pas à prendre comme une prescription obligatoire, mais comme une invitation à la réflexion personnelle et collective qui puisse s’emparer de la complexité d’une question par la pluralité des regards qu’elle produit.
Objectifs et compétences.
Faire prendre conscience de l’importance du respect réciproque entre des personnes différentes et de l’impact des violences symboliques et du manque de respect qui caractérise le harcèlement sous toutes ses formes.
Souligner la différence essentielle qui existe entre
- les violences verbales et symboliques du harcèlement et
- ce qui relève au contraire de l’usage raisonné de la critique et du conseil.
Utiliser des documents à lire soi même pour nourrir sa propre réflexion, avec l'aide d'un texte de présentation.
Apprendre à la ire des textes militants avec le recul qui convient en faisant la part des choses entre
- Les idées et les arguments apportés
- L'exagération des sentiments, les parts de l'idéalisation et de la radicalisation des critiques.
- La complexité des personnes, de leurs motivations et de leurs expériences de vie.
Table des matières.
Réflexions préalables.
Présentation du dossier de documents.
Témoignages à propos du harcèlement et de l'homophobie.
Proposition de textes bibliques pour réfléchir au harcèlement.
Témoignages :
Doc 1 : Au nom de tous les miens : « Espèce de sale bisexuel ! »
Doc 2 : De la haine de l’autre, de l’asservissement de la femme et de la peur de ce qui n’est pas compris.
Doc 3 : "Madame, depuis qu'on s'est assis tous les deux sur le banc, ils disent qu'on est un couple homo. Ça devient une rumeur et on en a marre".
Proposition de textes bibliques pour réfléchir au harcèlement.
Les « dix commandements ».
Ancien testament, Livre du Deutéronome, chapitre 5, versets 1 à 22 et 32 à 33.
Parabole de la paille et de la poutre.
Évangile selon Matthieu chapitre 7, versets 1 à 5.
Donner des conseils et recevoir des leçons, celles des parents et celles de Jésus.
Nouveau testament, Epître au Hébreux, chapitre 12, versets 1 à 14.
Réflexions préalables.
Partager l’humaine condition n’immunise pas contre les enchaînements du mépris et de la violence. Le désir d’être respecté et le devoir de respecter un autre que soi créent une obligation morale de respect réciproque qu’il est parfois difficile de respecter. Cet impératif de respect entre les uns et les autres signale aussi une des difficultés de la condition humaine.
Partager un avis sur des comportements critiquables ne peut alors se faire qu’avec une certaine humilité, en sachant qu’on est soi même imparfait et qu’on s’avance dans un domaine où les susceptibilités, les sensibilités et les analyses sont très variées et peuvent être contradictoires.
Le retour à la question morale des rapports interpersonnels convoque en effet les réflexions croisées de la psychologique, de la littérature et de la biologie ou celles des sociologues, des historiens et des philosophes et des théologiens ou des économistes. En touchant à la question des rapports humains, ces réflexions se divisent très souvent en fonction de visions divergentes de la liberté humaine ; on y trouve souvent une opposition entre « l’optimisme » de la quête des autonomies et le « pessimisme » de la nécessité du surmoi et de la loi pour limiter les risques d’excès et de dérives.
Ces réflexions peuvent aussi s’opposer entre elles en fonction de leurs sources et de leurs références, uniquement observationnelles, scientifiques, philosophiques ou liées à la révélation divine, psychanalytiques ou économiques etc.
Présentation du dossier de documents.
Témoignages.
Les textes présentés ci-dessous ne sont donc qu’une proposition nécessairement partielle et personnelle, qui ne voudrait surtout pas avoir la prétention d’épuiser la question posée. Il s’agit de donner du grain à moudre et des éléments de réflexion pour que la réflexion puisse commencer, passer par ici et se poursuivre ailleurs.
Choisir des témoignages approfondis et complexes permet d’évoquer l’intersubjectivité qui travers nécessairement la question du respect des différences. Les regards et les jugements peuvent s’opposer et s’affronter ; ils peuvent aussi tenter de se découvrir et de s’analyser dans leur complexité pour nourrir une plus grande tolérance interpersonnelle.
Les trois textes choisis ici datent de la période de débats intenses qui a précédé la loi autorisant le mariage homosexuel et la possibilité d’adoption qui lui est associée.
Un texte témoigne d’une pratique pédagogique et deux textes viennent de personnes fortement engagées, d’un côté ou de l’autre, par l’écriture ou par les manifestations. Ils transmettent aussi l’observation, imparfaite mais significative de comportements irrespectueux et des manières dont ils peuvent être perçus intérieurement, avec les émotions parfois contradictoires et complexes qui vont avec.
L’exploration d’interactions douloureuses, mais généralement éloignées de sa propre situation peut ainsi amener à distinguer entre les formes brutales du mépris et le fonctionnement normal et nécessaire de la réflexion et du jugement sur les attitudes d’autrui.
Proposition de textes bibliques pour réfléchir au harcèlement.
La nécessité de sauver la fonction critique de la vie humaine en la sauvant de ses dérives délirantes peut passer par l’éthique ou la philosophie.
Elle peut aussi recourir à la forme particulière des textes bibliques, lus comme l’apport d’une réflexion qui peut être ouverte à tous sans qu’il soit nécessaire de passer par une « preuve de l’existence de Dieu » pour y trouver de quoi réfléchir.
Il s'agit alors de l'utiliser comme l’un des langages humains disponibles pour décrire et critiquer des comportements humains. Les notions contemporaines de tolérance et de respect d’autrui s’y expriment en passant par un autre vocabulaire et par une analyse critique des comportements humains en termes de péché, de grâce et d’aide de Dieu.
L’application des textes bibliques au harcèlement peut se faire en repérant dans les « dix commandements » l’enchaînement de désirs jaloux, de mensonges et de violences qui part du dernier commandement et remonte ensuite dans leur liste. La jalousie et l'amour déréglé peuvent en effet se traduire en harcèlement par des meurtres symboliques en paroles y compris par des expressions de manque de respect envers le père ou la mère d'une victime de harcèlement et dans l’idolâtrie de ses propres conceptions et idées reçues chez le harceleur.
Ce passage, prescriptif, comme d’autres et il est à lire en rapport avec tout ce qui l’entoure, et qui décrit la difficulté d’application de tels conseils. Les deux autres passages bibliques permettent d’évoquer l’art du conseil et sa difficulté quand il s’agit d’aller « faire la morale » à d’autres que soi.
Témoignage 1 : Au nom de tous les miens : « Espèce de sale bisexuel ! »
16/01/2013
tags: 13 Janvier, Coming-out, discrimination, Frigide Barjot, Gay, Homophobie, Homosexualité, manifestation, Mariage pour tous, Pédale, Pédé
par Le Pédé
Ce texte, publié sur un forum militant homosexuel n’est plus en ligne et le site qui l’hébergeait a un contenu qui n’a pas de dimension pédagogique. La référence complète est disponible sur demande en passant par la page de contacts de ce site.
« Espèce de sale bisexuel ! »
C’est ainsi qu’à l’âge de 7 ans, j’ai découvert l’homophobie.
Je n’avais encore jamais éprouvé le moindre désir charnel, je n’avais aucune notion de ce qu’allait être ma sexualité future, mais les fauves impitoyables de la cour de récréation m’avaient déjà flairé. Il s’appelait Logan, il ne se souvient sans doute pas de ces mots balancés à la face d’un gamin il y a plus de 20 ans, mais ses paroles ont marqué ma vie. Bisexuel, quel mot étrange, dont ce pauvre Logan ne connaissait sans doute pas la signification. Mais il savait, comme je le savais aussi sans doute, que quelque chose en moi n’était pas tout à fait conforme à ce que l’on attend d’un petit garçon. …
Toute mon adolescence, j’ai marché dans les couloirs de l’école en feignant d’ignorer les murmures de mes camarades. Les regards en biais, les rires sournois, les insultes furtives. Jamais je ne fus invité à une boum, à un anniversaire, à une soirée. Les colonies de vacances étaient pour moi un calvaire. Chaque cours de sport arrivait avec son lot d’humiliations, à tel point que je finis par supplier mon médecin de père de me fournir une dispense pour toute la durée de ma terminale, sous le prétexte que mon incompétence me couterait des points au BAC. En sixième, ma prof de sport, une dénommée Mme Bossuat qui sévit encore entre les murs de l’EABJM, chuchota à la mère de mon meilleur ami de se méfier de la mauvaise influence que je pourrais avoir sur lui. J’avais 10 ans.
Il s’agit de comprendre qu’à l’inverse des autres minorités, les homosexuels doivent apprendre à faire face à la discrimination seuls. Tous les noirs naissent de parents noirs, … ils grandissent avec la certitude réconfortante de se savoir entourés par leurs semblables, leurs familles, leurs communautés, au sein desquelles ils se sentent protégés de l’intolérance des masses. Aucun homosexuel ne naît de parents homosexuels. Chacun d’entre nous doit faire face seul au sentiment d’être un étranger dans sa propre famille, à la négation de l’éventualité de notre différence, au potentiel rejet de ceux qui nous sont les plus chers. Au mépris, au dégoût, à l’horreur dans le regard de nos parents, nos frères, nos sœurs. …
Et si mon père était le genre d’homme à s’emporter contre un cousin dégénéré qui affirmait que tous les pédés méritaient de brûler sur le bûcher, était-il pour autant le genre d’homme à accepter un fils pédé ? Plus je les voyais s’inquiéter de mon absence de petite copine, plus leurs interrogations se faisaient pressantes, plus je souffrais de mon inadéquation. Toutes les années précédant mon coming-out se déroulèrent dans un état de peur et d’anesthésie affective qui ne me laisse presque aucun souvenir
La première fois que je posais mes lèvres sur celles d’une fille que je ne désirais pas, je ressentis une fierté euphorisante. La première fois que je fis l’amour avec un garçon dont je rêvais depuis des semaines, je fus dévoré par la honte à tel point que je ne parvins plus à le regarder dans les yeux. Il me fallut des années pour apprendre à accepter, assumer et affirmer ce que je suis, sans crainte des jugements malveillants et autres réactions embarrassées. …
Encore aujourd’hui, il me faut lire l’incompréhension dans le regard de mes nièces, à qui des esprits mal intentionnés ont glissé que leur oncle est un tordu qui vit dans le péché. Et chaque jour de ma vie, il me faut vivre avec l’incertitude que l’une des figures les plus importantes de mon existence m’aurait accepté tel que je suis, eut-elle vécu assez longtemps pour assister à mon coming-out.
Je ne demande à personne de s’apitoyer sur mon sort, juste d’essayer de comprendre que les vies des jeunes homosexuels sont pavées de douleurs, assez pour réclamer un engagement total de la part de ceux qui les entourent et prétendent les aimer. Car ces jours-ci, il nous faut subir de voir nos concitoyens descendre dans les rues pour s’opposer à ce que nous accédions aux mêmes droits qu’eux. Entendre que le mariage se verrait dépouillé de sa signification si nous autres avions l’audace de le profaner. Comprendre que les couples que certains d’entres nous construisent depuis des années ne sont rien de plus qu’une mascarade aux yeux de t-e-l-l-e-m-e-n-t plus de monde que nous n’osions l’imaginer. Supporter qu’une vieille morue décatie se paie son quart d’heure de célébrité sur le dos de tous ceux qui ne réclament rien d’autre que l’égalité qui figure dans la devise de notre République. Voir ces mêmes minorités qui hurlent à la discrimination au moindre jeu de mots douteux sur les juifs ou les arabes nous tourner le dos, et nous réserver le traitement contre lequel ils luttent en brandissant les droits de l’homme, ces mêmes droits qu’ils s’empressent de jeter à la poubelle dès que ceux-ci ne servent plus leurs intérêts propres. Essuyer l’indifférence de la majorité hétérosexuelle, qui semble ignorante au fait que ce dont on débat ces jours-ci n’est ni une conversation de salon, ni un prétexte à faire des bons mots sur les réseaux sociaux, mais bien nos vies. Des vies qui méritent que l’on se batte pour elles, que l’on ne tolère plus ceux qui les menacent, et que l’on descende dans la rue. …
Nous avons attendu longtemps, nous n’avons plus l’intention de nous cacher ni de nous taire, nous avons la rage au ventre et plus de force en nous que vous ne pouvez l’imaginer. Nous allons gagner. Et dans quelques années, c’est vous, les innommables du 13 Janvier, les opposants silencieux, les indifférents complices, qui vivrez dans la honte.
Témoignage 2 : De la haine de l’autre, de l’asservissement de la femme et de la peur de ce qui n’est pas compris.
Posté par Thomas Debesse le 11/05/2013 à 19:52. Licence CC by (copiez-moi !)
Texte toujours en ligne en août 2025
https://illwieckz.net/journal/De_la_haine_de_l_autre_de_l_asservissement_de_la_femme_et_de_la_peur_de_ce_qui_n_est_pas_compris
Cette nuit j'ai veillé à Paris. J'avais plusieurs rendez-vous, notamment quelques amis SDF avec qui je vais bientôt marcher vers Chartres, heureux de monter la tente ailleurs que sur des pavés. J'avais aussi prévu une ballade nocturne avec un ami. Profitant du pont du 8 mai et de l'Ascension offrant un repos exceptionnel, c'était aussi l'occasion de faire quelques photos de la capitale, de nuit.
Aventure d'une nuit
Vers minuit je quitte un ami pour en retrouver un autre… À une heure du matin, s'approchant d'un bar ouvert tard, mon ami demande une cigarette à une femme en terrasse. Étonnamment, l'homme assis à coté de la femme devient très violent, empêchant la femme de parler comme si elle était complètement irresponsable, s'interposant entre elle et mon ami comme si elle était dépossédée de sa liberté propre. L'homme ne supporte visiblement pas que mon ami s'adresse à la femme comme si elle avait une conscience et une volonté, hausse le ton pour empêcher la femme de parler et invective mon ami.
Alors qu'on dépasse le bar continuant notre chemin, j'entends des insultes fuser derrière-moi. Me retournant je me retrouve face à deux serveurs qui étaient invisibles à l'intérieur du bar lorsque mon ami a demandé sa cigarette, et qui sont sortis précipitamment en terrasse. Ils nous interpellent, rouges de colère. Ils nous insultent. « Sales pédés, cassez-vous ! Pédés ! ». Les clients du bar, complices, s'échauffent avec eux. On sera insulté jusqu'à ce qu'on disparaisse. « Pédés ! »
Le vrai visage de l'homophobie
Cette anecdote amène plusieurs constatations :
- Dans l'affaire, la première victime est une femme, traitée comme une personne ou une chose plus immature qu'un enfant et dont la liberté et la conscience est confisquée. C'est le fait de s'adresser à une femme comme une personne libre et responsable, en court-circuitant l'autorité d'un autre homme, qui a éveillé la colère. En demandant une cigarette, mon ami plaçait cette femme dans une situation où elle avait tout pouvoir de refus (le refus de donner ce qui lui appartient) et le rappel de cette liberté de refus et de sa position de force n'a pas du tout plu à son compagnon.
- L'amitié n'est pas comprise, et est ici inconnue. Une relation entre adultes doit être nécessairement sexuelle pour être discernée et jugée. Deux hommes qui se connaissent et qui marchent dans la rue ensemble sont reconnus nécessairement comme homosexuels. S'il est vrai que je possède une grande affection pour cet homme que je connais depuis sept ans, cela ne fait pas de notre amitié une homosexualité. Dans une situation où toute relation entre adultes consentants, même verbale, est perçu comme sexualisée, peut-être que de la même manière, la demande de cigarette était perçue comme une rivalité sexuelle pour un prédateur, ou la remise en cause de sa dominance sexuelle.
- L'homophobie se manifeste sans tabou, avec la complicité de la foule qui se joint volontiers à la tension de haine et de violence. La violence se dirige envers n'importe qui en fait, dès lors que la situation n'est pas comprise. D'une part l'amitié entre personne de même sexe n'est pas comprise. D'autre part la capacité d'un homme à s'adresser à une femme comme une personne responsable provoque chez un autre homme un sentiment d'indignation et de révolte, atteint dans sa capacité d'asservissement… Quand un homme s'adresse à la femme comme une personne libre, et que la sexualisation de la relation peut être mise en doute… alors l'insulte fuse, très vite : « pédé ! ».
Derrière la haine, l'inconnu
J'ai souvent lu et entendu des accusations d'homophobie concernant La Manif Pour Tous. Pour avoir suivi et photographié sept manifestations nationales et régionales, et de nombreuses autres actions en marge de ce mouvement, je peux assurer que je n'y ai jamais rencontré l'homophobie dont j'ai été témoin et victime cette nuit.
Il y a au contraire plusieurs choses que j'ai observé à la fois dans les discours officiels et à la fois dans les témoignages personnels des manifestants :
La reconnaissance de la liberté de la femme et sa capacité de refus envers l'homme.
La reconnaissance d'une amitié et d'une affection entre personne de même sexe, la reconnaissance d'une relation vraie et fidèle entre personnes adultes.
La capacité à aimer et la capacité à établir une relation durable et fidèle sans nécessairement sexualiser le sentiment ni instrumentaliser une sexualisation du sentiment. Et si la sexualité n'est pas nécessaire à la fidélité (toute relation n'étant pas nécessairement sexualisée), elle n'est pas non-plus nécessaire au consentement…
L'accueil de ce qui nous étonne et de ce que l'on avoue ne pas toujours comprendre.
Toutes ces choses, qui ne sont pas l'homophobie, je les ai constatées et entendues à La Manif Pour Tous, ainsi qu'auprès des Veilleurs.
Cette nuit j'ai expérimenté que l'homophobie se nourrit des mêmes mécanismes qui nourrissent la peur de l'amitié, ou se nourrit encore… de l'incompréhension de la virginité.
Témoignage 3 : "Madame, depuis qu'on s'est assis tous les deux sur le banc, ils disent qu'on est un couple homo. Ça devient une rumeur et on en a marre".
Ce texte a été publié sur Facebook et n’a donc qu’un caractère semi-public. La référence complète est disponible sur demande en passant par la page de contacts de ce site.
Là, tu te retrouves face à trente 6ème, tu penses que ça va être facile et réglé en deux minutes.
Tu leur expliques en vrac et dans le désordre qu'on peut jouer sur un banc sans être un couple, sans être homo non plus, et qu'être homo c'est pas non plus critiquable (les deux élèves affirment que cette remarque est parfaitement inutile voire déplacée puisqu'ils ne sont pas homos, l'un des deux précise d'ailleurs qu'il est depuis longtemps en couple avec une fille) (il ajoute aussi que ceux qui l'accusent font une "projection" ce qui fout un bordel monstre), tu fais un long passage sur l'homophobie, tu parles d’hétérosexualité, d'homosexualité, tu entends le mot "sexualité" et tu te dis "putain, je parle à des 6eme", tu ne sais plus quoi faire, pour t'en sortir tu deviens lyrique, tu fais un éloge vibrant de l'amour. T'as l'impression d'être un curé vaticané deuzio ou Macron qui parle du printemps, c'est à peine si un petit oiseau ne vient pas se poser sur ton épaule pendant que tu parles. Tu finis par leur dire qu'ils te gonflent et qu'ils feraient mieux de bosser et, pendant la récré, de s'amuser au lieu de gâcher leur temps avec leur cancanages moisis de village rabougri et qu'il est bon voire essentiel de se foutre la paix les uns aux autres.
Et là, tu reviens au cours : une analyse d'un texte biblique par un historien. Tu constates alors que t'es moins nul en laïcité qu'en sexualité. Bordel...
#ChacunFaitCeQuiLuiPlaitPlaitPlait
Proposition de textes bibliques pour réfléchir au harcèlement.
Les « dix commandements ».
Ancien testament, Livre du Deutéronome, chapitre 5, versets 1 à 22 et 32 à 33.
Traduction Association épiscopale liturgique pour les pays francophones
01 Moïse convoqua tout Israël et leur dit : Écoute, Israël, les décrets et les ordonnances que je proclame à vos oreilles aujourd’hui. Vous les apprendrez et vous veillerez à les mettre en pratique.
02 Le Seigneur notre Dieu a conclu une alliance avec nous à l’Horeb :
03 ce n’est pas avec nos pères que le Seigneur a conclu cette alliance, mais bien avec nous, nous-mêmes qui sommes ici aujourd’hui, tous vivants.
04 C’est face à face que le Seigneur a parlé avec vous sur la montagne, du milieu du feu.
05 Moi, je me tenais entre le Seigneur et vous en ce temps-là, pour vous transmettre la parole du Seigneur, car vous aviez peur du feu et vous n’étiez pas montés sur la montagne. Le Seigneur a dit :
06 « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage.
07 Tu n’auras pas d’autres dieux que moi.
08 Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre.
09 Tu ne te prosterneras pas devant ces images pour leur rendre un culte. Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ;
10 mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération.
11 Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.
12 Observe le jour du sabbat, en le sanctifiant, selon l’ordre du Seigneur ton Dieu.
13 Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage,
14 mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l’immigré qui réside dans ta ville. Ainsi, comme toi-même, ton serviteur et ta servante se reposeront.
15 Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que le Seigneur ton Dieu t’en a fait sortir à main forte et à bras étendu. C’est pourquoi le Seigneur ton Dieu t’a ordonné de célébrer le jour du sabbat.
16 Honore ton père et ta mère, comme te l’a ordonné le Seigneur ton Dieu, afin d’avoir longue vie et bonheur sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu.
17 Tu ne commettras pas de meurtre.
18 Tu ne commettras pas d’adultère.
19 Tu ne commettras pas de vol.
20 Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
21 Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, tu ne désireras ni sa maison ni son champ, ni son serviteur ni sa servante, ni son bœuf ou son âne : rien de ce qui lui appartient. »
22 Ces paroles, le Seigneur les a dites à toute l’assemblée de son peuple sur la montagne, du milieu du feu, des nuages et de la nuée obscure ; il les a dites d’une voix puissante et n’a rien ajouté. Ensuite il les a écrites sur deux tables de pierre, qu’il m’a données.
…
32 Vous veillerez à agir comme vous l’a ordonné le Seigneur votre Dieu, sans dévier ni à droite ni à gauche.
33 En tout, vous suivrez le chemin que le Seigneur votre Dieu vous a tracé : alors vous vivrez, vous aurez bonheur et longue vie dans le pays dont vous allez prendre possession.
Parabole de la paille et de la poutre.
Évangile selon Matthieu chapitre 7, versets 1 à 5.
Traduction Association épiscopale liturgique pour les pays francophones
01 « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ;
02 de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera.
03 Quoi ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ?
04 Ou encore : Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ?
05 Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.
Donner des conseils et recevoir des leçons, celles des parents et celles de Jésus.
Nouveau testament, Epître au Hébreux, chapitre 12, versets 1 à 14.
Traduction Association épiscopale liturgique pour les pays francophones
01 Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée,
02 les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu.
03 Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement.
04 Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché,
05 et vous avez oublié cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, ne te décourage pas quand il te fait des reproches.
06 Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils.
07 Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ?
08 Si vous êtes privés des leçons que tous les autres reçoivent, c’est que vous êtes des bâtards et non des fils.
09 D’ailleurs, nos parents selon la chair nous faisaient la leçon, et nous les respections. Ne devons-nous pas d’autant plus nous soumettre au Père de nos esprits pour avoir la vie ?
10 Les leçons que nos parents nous donnaient en croyant bien faire n’avaient qu’un effet passager. Mais celles de Dieu sont vraiment pour notre bien : il veut nous faire partager sa sainteté.
11 Quand on vient de recevoir une leçon, on n’éprouve pas de la joie mais plutôt de la tristesse. Mais plus tard, quand on s’est repris grâce à la leçon, celle-ci produit un fruit de paix et de justice.
12 C’est pourquoi, redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent,
13 et rendez droits pour vos pieds les sentiers tortueux. Ainsi, celui qui boite ne se fera pas d’entorse ; bien plus, il sera guéri.
14 Recherchez activement la paix avec tous, et la sainteté sans laquelle personne ne verra le Seigneur.
- Détails
- Catégorie : Education à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle
Eléments pour une séquence EVARS terminale.
Avantages et inconvénients de la pression sociale à propos du mariage.
Notions et compétences (programme officiel) :
- Identifier la pression sociale : ses avantages, ses inconvénients. Faut-il y résister ? Comment y résister ?
- Appréhender et prendre la mesure du droit d’être soi-même, reconnaître sa singularité et celle des autres, l’existence du fait majoritaire et du fait minoritaire.
- Savoir résister individuellement et collectivement aux violences sexistes et sexuelles et aux discriminations liées au sexe, à l’identité de genre, à l’orientation sexuelle, prendre conscience des responsabilités individuelles et collectives, connaître les lois qui protègent les individus et les conséquences juridiques de leur violation.
Document réalisé en août 2025 par Vincent Badré, professeur d’histoire géographie.
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Des citations tronquées de manière à fausser le sens de ces écrits pourront être dénoncées et poursuivies.
Ces textes ne sont pas à prendre comme une prescription obligatoire, mais comme une invitation à la réflexion personnelle et collective qui puisse s’emparer de la complexité d’une question par la pluralité des regards qu’elle produit.
Objectifs et compétences.
A définir en fonction du nombre de séances consacrées au thème.
Les textes de documents ci-dessous ont été réalisés et choisis pour nourrir une libre réflexion sur les thèmes et les questions et les notions et compétences présentées par le programme.
Les différentes questions du programme qui sont choisies ici peuvent être posées à propos de chacun des exemples présentés dans ce document.
Table des matières.
Introduction.
Un dossier historique.
Doc 1 : Evolution des textes que le maire doit lire pendant un mariage civil.
Doc 2 : Historiographie. Couple et famille, entre relation d’affection et liens sociaux.
I / Entrer, sortir ou rester dans la norme du mariage.
a) Le XIXe siècle entre mariage d’amour et mariage d’intérêt.
Ill 1 : Jane Austen, Orgueil et préjugés, (film 2005).
b) Sortir du mariage ou y rester, Virginia de Castiglione et Eugénie de Montijo.
c) L’expérience des conjugalités, entre coopérations et vies parallèles.
II / Le mariage éprouvé et protégé.
Doc 3 : La première guerre mondiale encourage l’expression de l’amour conjugal chez un couple de journaliers pauvres du Languedoc.
Doc 4 : 17 citations de Sacha Guitry sur le mariage.
a) Un âge d’or du familialisme.
b) Une demande de couple, de mariage et d’enfants.
c) Une période de « révolution maternelle ».
III / La grande divergence des modèles familiaux.
a) Un désir de dérégulation et d’égalisation des rapports de couple.
b) Profonde évolution de la société et recul du mariage.
c) Une dissidence des papes et de certains catholiques.
Doc 5 : Discours de Jean-Paul II aux Équipes Notre-Dame
IV / Couples sans institutions et mariages sans bases « naturelles ».
a) L’effacement du mariage comme institution.
b) Des pressions sociales défavorables à l’enfantement.
Ill 2 : Le congé parental réformé en 2015, effets sur la natalité et contestations citoyennes sur internet.
c) Le mariage pour tous, sans discrimination, une évolution juridique.
Doc 6 : Une défense de la Loi Taubira, pour le mariage homosexuel au nom de l’égalité.
Doc 7 : Contre la loi Taubira, défense juridique du mariage comme institution traditionnelle.
Doc 8 : Le mariage homosexuel, un triomphe du mariage d’amour.
Doc 9 : Contre le droit à l’adoption par les homosexuels, « Un père, une mère, c’est élémentaire ».
V / Après le mariage et le couple, bataille de témoignages à propos des enfants.
Doc 10 : France Inter. « J’associe beaucoup la famille à la déperdition, à la tristesse, l’ennui », affirme Geoffroy de Lagasnerie.
Ill 3 : No Kid – Pro Kid. Bataille d’essais et de romans.
Ill 4 : Vague médiatique d’articles sur la possibilité de refuser d’avoir des enfants. Page Facebook « A mon avis vous essayez de nous dire un truc ».
Doc 11 : La famille bourgeoise immobile « blanquette de veau », nostalgie d’une civilité joyeuse et courageuse.
Doc 12 : Le « Mee too » d’un inceste et la critique d’une famille sans règles ni limites.
Introduction.
Le mariage est un acte public d’association de deux personnes pour fonder une famille. Presque universellement considéré comme l’association d’un homme et d’une femme et associé à la possibilité de la procréation d’enfants sa définition a changé en France après 2013 pour s’élargir aux couples de personnes de même sexe.
C’est un acte composite qui associe des dimensions individuelles et collectives, émotionnelles, sexuelles, symboliques et économiques. En tant qu’acte qui exprime à la fois la singularité d’un choix individuel engagé dans la relation avec une autre singularité individuelle et des dimensions de durée et d’affirmation publique, juridique et institutionnelle il peut conduire à des pressions sociales de nature variée. Il s’agit en effet d’un lien « conjugal », qui signifie étymologiquement le « joug » commun, soit la pièce de bois qui pouvait associer deux bœufs pour tirer ensemble une charrue[1]. L’union non seulement émotionnelle, mais aussi juridique est alors reconnue socialement comme le moyen de réaliser des œuvres communes, et en particulier l’éducation d’éventuels enfants. Pour l’historien André Burguière « la frontière entre domaine public et domaine privé s’est précisée, découpant un espace d’intimité à l’intérieur duquel le couple a cessé d’être une simple unité de reproduction pour devenir un lieu d’affection, de solidarité et de projet »[2].
Des « pressions sociales » sont associées au mariage d’une manière assez logique car il se vit comme une des interfaces qui relient les individus à ceux qui deviennent leurs proches, ce qui permet de commencer à réfléchir à la nature et à l’évolution de ces « pressions sociales ».
[1] Castelli, Hélène. et al. « Histoire des conjugalités. Introduction ». Hypothèses, 2017/1 20, 2017
[2] André Burguière, Le Mariage et l’amour en France, de la Renaissance à la Révolution, Le Seuil, 2011
Un dossier historique.
La nécessaire réflexion sur les rapports entre pressions sociales et dimensions individuelles du mariage peut être menée de manière psychologique, sociologique, anthropologique ou juridique. Elle peut aussi passer par le détour d’une comparaison historique entre les expériences sociales du lien conjugal.
Le sens et la direction des pressions sociales qui ont pu s’exercer à propos du mariage et de la conjugalité ont nettement évolué au cours des temps (présentés ici essentiellement avec des exemples français).
La « pression sociale » qui s’exerçait en faveur de l’utilité sociale par le mariage défini dans le Code civil napoléonien de 1804 a pu être utilisée, débordée ou critiquée par les individus et les couples du XIXe siècle dans leur vie sentimentale, économique et politique.
Le mariage et la conjugalité, mis à l’épreuve par les guerres et l’évolution des mentalités sous la IIIe république sont aussi devenu une réalité protégée par le pouvoir politique après la seconde guerre mondiale, au temps du familialisme dominant.
Le recul sociologique de l’institution juridique du mariage fait apparaître ensuite de fortes divergences de modèles de conjugalité. La dérégulation des liens affectifs et l’égalisation des situations conjugales ne suppriment pas les débats au sujet du mariage.
Le triomphe paradoxal du mariage d’amour reconnu par l’Etat et la société en fait un droit à conquérir pour tous les couples, y compris homosexuels.
Les individus libérés des « pressions sociales » anciennes peuvent cependant aussi regretter les conséquences des nouvelles normes de comportement social, dans les cas où elles ont conduit à des dérives incestueuses, mais aussi dans la douleur des enfants de couples incomplets et dans la nostalgie d’une civilité collective familiale.
Le débat sur les « pressions sociales » se déplace aussi vers la question du rapport aux enfants. Vus comme une charge ou comme une chance, ils naissent majoritairement en dehors du cadre du mariage, mais restent majoritairement dans celui du couple de leurs parents biologiques.
L’existence de ces débats et leur intensité montre aussi l’empreinte durable de la famille « nucléaire » (et réduite à son noyau du lien entre un couple et ses enfants) dans la société française.
Doc 1 : Evolution des textes que le maire doit lire pendant un mariage civil.
Parties lues en 1804 et en 2025.
Parties lues en 2025.
Parties lues à partir de 1804 et supprimées depuis.
Article 212 : Les époux se doivent mutuellement, respect, fidélité, secours, assistance.
213. Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari.
Article 213 : Les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille. Ils pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir.
Article 214 : Si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution des époux aux charges du mariage, ils y contribuent à proportion de leurs facultés respectives.
Article 215 : Les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie.
214.
La femme est obligée d’habiter avec le mari, et de le suivre par-tout où il juge à propos de résider : le mari est obligé de la recevoir, et de lui fournir tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie, selon ses facultés et son état.
Article 371-1 : L’autorité parentale est un ensemble de droits et devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant. Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne.
L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité.
(Texte correspondant, qui n’avait pas à être lu lors des mariages civils en 1804)
371. L’enfant, à tout âge, doit honneur et respect à ses père et mère.
372. Il reste sous leur autorité jusqu’à sa majorité ou son émancipation.
373. Le père seul exerce cette autorité durant le mariage.
Texte à lire en 1804 et supprimé depuis.
215.
La femme ne peut ester en jugement sans l’autorisation de son mari, quand même elle serait marchande publique, ou non commune, ou séparée de biens.
216. L’autorisation du mari n’est pas nécessaire lorsque la femme est poursuivie en matière criminelle ou de police.
217. La femme, même non commune ou séparée de biens, ne peut donner, aliéner, hypothéquer, acquérir, à titre gratuit ou onéreux, sans le concours du mari dans l’acte, ou son consentement par écrit.
218. Si le mari refuse d’autoriser sa femme à ester en jugement, le juge peut donner l’autorisation.
219. Si le mari refuse d’autoriser sa femme à passer un acte, la femme peut faire citer son mari directement devant le tribunal de première instance de l’arrondissement du domicile commun, qui peut donner ou refuser son autorisation, après que le mari aura été entendu ou dûment appelé en la chambre du conseil.
220. La femme, si elle est marchande publique, peut, sans l’autorisation de son mari, s’obliger pour ce qui concerne son négoce ; et, audit cas, elle oblige aussi son mari, s’il y a communauté entre eux. Elle n’est pas réputée marchande publique, si elle ne fait que détailler les marchandises du commerce de son mari, mais seulement quand elle fait un commerce séparé.
221. Lorsque le mari est frappé d’une condamnation emportant peine afflictive ou infamante, encore qu’elle n’ait été prononcée que par contumace, la femme, même majeure, ne peut, pendant la durée de la peine, ester en jugement, ni contracter, qu’après s’être fait autoriser par le juge, qui peut, en ce cas, donner l’autorisation, sans que le mari ait été entendu ou appelé.
222. Si le mari est interdit ou absent, le juge peut, en connaissance de cause, autoriser la femme, soit pour ester en jugement, soit pour contracter.
223. Toute autorisation générale, même stipulée par contrat de mariage, n’est valable que quant à l’administration des biens de la femme.
224. Si le mari est mineur, l’autorisation du juge est nécessaire à la femme, soit pour ester en jugement, soit pour contracter.
225. La nullité fondée sur le défaut d’autorisation ne peut être opposée que par la femme, par le mari, ou par leurs héritiers.
226. La femme peut tester sans l’autorisation de son mari.
Doc 2 : Historiographie. Couple et famille, entre relation d’affection et liens sociaux.
Vidal-Naquet, Clémentine. « Conjugalités : Conclusion ». Hypothèses, 2017/1 20, 2017
https://shs.cairn.info/revue-hypotheses-2017-1-page-305?lang=fr
Étudier le couple, n’est-ce pas isoler de façon artificielle une entité qui ne signifierait rien en dehors du sujet d’étude ? En somme, est-il possible de parler du couple sans parler des modèles d’ordre familial dans lesquels ces rapports s’inscrivent, sans parler des régimes d’organisation entre les sexes et de leur historicité ? En d’autres termes, le couple n’est-il qu’un concept créé de toute pièce par l’historien ? Et la notion de conjugalité est-elle en elle-même, et de tout temps, valide ? Martine Segalen, dans son étude de la société paysanne du xixe siècle, se demandait en effet : existe-t-il un « espace d’interactions propres au mari et à sa femme, coupé de son contexte familial élargi, et privilégiant les relations affectives ? [4] » À cette question, elle répondait par la négative, tant les sociétés qu’elle étudiait étaient imprégnées par de puissants systèmes de solidarités villageoises, et tant les formes de l’habitat ou les réseaux de parenté intervenaient dans la relation entre mari et femme. Qu’en est-il donc en Grèce ancienne, dans l’Islam médiéval, dans la France d’Ancien Régime ou dans la France du xixe siècle ? Hélène Castelli introduit l’oikos, signifiant maisonnée ou famille, car il n’existe pas alors en Grèce ancienne de terme qui permettrait de définir le couple marié comme état. Et le couple tel que nous aurions tendance à le concevoir aujourd’hui – entité composée de deux êtres – n’existe qu’au sein de la famille. Aristote, dans Politiques, précise d’ailleurs : « La communauté naturelle constituée en vue de la vie de tous les jours, c’est la famille […]. Toute cité est composée de familles [5]. » Eva Collet, attentive aux mots et à ses traductions, cite des passages dans lesquels il est question de l’épouse, de la femme, ou de la famille (femmes et enfants), et non du couple en tant que tel. Quant à Laura Balzer, elle reprend le terme de « communauté de campagne » pour qualifier la situation des armées composées de militaires accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants au xvie siècle. Aïcha Salmon, enfin, montre que le couple s’inscrit au xixe siècle dans un plus vaste ensemble normatif. De fait, le couple n’est jamais un isolat ; il n’existe qu’au sein d’un plus vaste ensemble. Le cercle de parenté, la cité, les autorités ou le cadre de vie interviennent plus ou moins directement sur les liens conjugaux, tandis que le vaste répertoire d’images et les écrits les concernant, leur inscription institutionnelle ainsi que la législation leur confèrent leur cadre d’existence. Par ailleurs, et plus largement, les sociétés passées se sont-elles dotées des mots pour dire le couple, le qualifier ou le traiter, pour l’identifier en tant que tel et, partant, pour le penser ?
Pour les sociétés occidentales, André Burguière étudie la lente évolution de l’union conjugale. Selon l’historien, si l’on peut situer une « première naissance du couple aux xiie-xiiie siècles », il ne s’agit alors que d’« une naissance dans l’imaginaire [6] ». Et il situe entre le xvi e et le xviiie siècle l’apparition de ce qu’il appelle la « civilisation conjugale [7] » : au xvie siècle, une grande liberté est laissée aux jeunes gens « dans leur vie sexuelle comme dans le choix du conjoint [8] » ; et c’est au xvii e siècle, « longue période de mise sous surveillance de la vie familiale et d’inculcation d’une morale conjugale ascétique que la frontière entre domaine public et domaine privé s’est précisée, découpant un espace d’intimité à l’intérieur duquel le couple a cessé d’être une simple unité de reproduction pour devenir un lieu d’affection, de solidarité et de projet [9] ». Burguière explique que les efforts conjugués des États et des Églises normalisent les conduites tandis que la moralisation contribue à valoriser le couple conjugal. L’idéologie des Lumières, qui prône l’autonomie de l’individu et la recherche du bonheur terrestre, contribue à faire du xviiie, le siècle durant lequel s’impose le mariage d’amour comme idéal social. Pour André Burguière, « l’invention du couple [10] » aurait donc eu lieu entre la Renaissance et la Révolution. Quant à Martine Segalen, elle situe ce qu’elle appelle la « montée du couple [11] » qui accompagne la valorisation du sentiment amoureux au sein du mariage à la fin du xixe siècle. Elle rejoint sur ce point Agnès Walch qui repère à la même période le développement d’un type de relation conjugale fondé sur l’exigence du partage des affects : « Le couple trouve désormais sa légitimité dans le partage sentimental qui constitue sa raison d’être [12] » affirme-t-elle.
[4] M. Segalen, Mari et femme dans la société paysanne, Paris, 1980, p. 43.
[5] Aristote, Politiques, I, 1252, b, cité dans Histoire du mariage, S. Melchior-Bonnet, C. Salles dir., Paris, 2009, p. 61.
[6] A. Burguière, Le Mariage et l’amour en France, de la Renaissance à la Révolution, Paris, 2011, p. 275.
[7] Ibid., p. 274.
[8] Ibid.
[9] Ibid., p. 277.
[10] Ibid., p. 273-361.
[11] M. Segalen, « Le mariage », dans Histoire de la population française. III : De 1789 à 1914, J. Dupâquier dir., Paris, 1988, p. 434-436.
[12] A. Walch, Histoire du couple en France de la Renaissance à nos jours, Rennes, 2003, p. 182-183.
I / Entrer, sortir ou rester dans la norme du mariage.
a) Le XIXe siècle entre mariage d’amour et mariage d’intérêt.
Ill 1 : Jane Austen, Orgueil et préjugés, (film 2005).

Le témoignage des écrits de l’intime vérifie et décale le modèle littéraire (et maintenant cinématographique des romans, contemporains, de Jane Austen. Un manuscrit de la mère du poète et homme politique Alphonse de Lamartine décrit un modèle de jeune fille pleine de sagesse, en réaction contre les débauches d’ancien régime et les excès révolutionnaires. Elle fait l’éloge d’une de ses filles. Elle est rendue « candide comme à huit ans et mûre d'esprit comme à soixante » grâce à un « perpétuel entretien à cœur ouvert » avec sa mère[3]. Ce modèle idéaliste s’oppose à celui de la passion amoureuse romantique qu’Adèle Hugo prend au sérieux. La fille du poète s’enfuit pour retrouver celui qu’elle aime sans retour et son père la fait enfermer en maison de santé.
L’amour est une figure littéraire essentielle pour les romantiques ; c’est aussi une question pour madame de Lamartine. Elle évoque dix mariages dans ses souvenirs. Pour deux, elle parle d’amour, pour trois d’inclination et pour un seul de résignation. La question d’argent est évoquée cinq fois et elle cite deux cas de mariages empêchés par un refus parental.
D’autres sources laissent aussi voir des refus de se marier faute d’avoir trouvé un compagnon idéal[4] ou bien toutes les nuances de la déception conjugale, y compris après la « première nuit »[5].
[3] Alix de Lamartine, Le manuscrit de ma mère / avec commentaires, prologue et épilogue par Alphonse de Lamartine, Hachette, 1876
[4] Henri Ehret, « Emma Warnod (1841-1885). Enfant de Niederbruck, femme de lettres et femme de foi », ogygie.fr, non daté
[5] Aïcha Limbada, « La conjugalité incertaine. Le problème des nuits de noces non consommées en France au xixe siècle », Hypothèses, 2017
b) Sortir du mariage ou y rester.
L’opposition de l’épouse et d’une des maîtresses de Napoléon III manifeste alors deux manières de vivre une ambition politique dans les rôles assignés aux femmes de l’époque. L’une les accepte et s’en sert tandis que l’autre dit que la justice « faite par les hommes, c’est l’injustice pour la femme »[6].
Virginia de Castiglione.
Très jeune et très belle cousine de Camillo Cavour, Président du conseil des ministres du royaume de Piémont Sardaigne, Virginia de Castiglione est envoyée à Paris pour tenter de séduire Napoléon III et de lui rappeler ses engagements de jeunesse en faveur de l’unité italienne. Mariée, très jeune et souhaitant jouer un rôle politique, elle part à Paris, avec son mari et utilise son argent pour se faire bien voir à la cour impériale.
Elle parvient manifestement à séduire l’empereur Napoléon III le 27 juin 1856 et s’affiche avec des robes spectaculaires à la cour. L’une d’entre elles est parsemée de cœurs et l’impératrice remarque, sarcastique, que certains d’entre eux sont placés « un peu trop bas » et presque entre ses jambes.
Le 27 juin, lors d’une fête à Villeneuve-l’Étang quelques semaines après le baptême du prince impérial, elle devint la maîtresse de l’empereur, ce que leur longue escapade en barque sur l’étang prouva clairement à la cour. Mais la jalousie de l’impératrice, commentée par l’opposition, fut désastreuse pour le prestige des Tuileries qui furent dès lors considérées comme l’antre de toutes les débauches, et par extension comme un lieu de corruption. Les frasques de l’empereur mettaient aussi le régime en danger : en avril 1857, en sortant de chez la comtesse de Castiglione, il faillit être assassiné par trois républicains italiens. Par la suite, Napoléon III ne se choisit plus de maîtresses parmi les femmes de pouvoir qui risquaient de le manipuler.
Vial, Charles-Éloi. « Chapitre 6. La fête impériale ». Les derniers feux de la monarchie, Perrin, 2019
Libre, la comtesse entretient avec l'Empereur des Français une relation pendant deux années (1856-57)9.
Mais narcissique et capricieuse, snobant le reste de la cour et se vantant publiquement des cadeaux que l'empereur lui offre à partir des fonds secrets, elle finit par se rendre antipathique et lasse l'empereur qui prend une nouvelle maîtresse, la comtesse Marianne Walewska
Malgré la rupture avec Napoléon III, elle prétend néanmoins que son influence sur l'empereur s'est concrétisée le 21 juillet 1858 lors de l'entrevue secrète à Plombières entre Napoléon III et le comte de Cavour, aboutissant au traité de Plombières
Wikipédia. Août 2025.
Rejetée assez vite, Virginia de Castiglione tente de revenir, puis s’isole. Préoccupée par son image elle refuse qu’on la voie vieillir mais se fait photographier plus de trois cent fois par Pierre-Louis Pierson, dans les robes du temps de sa jeunesse.
Eugénie de Montijo.
Napoléon III épouse Eugénie de Montijo le 29 janvier 1853. Elle devient « Impératrice des Français » par un mariage qui répond à des motivations sociales et politiques tout en s’affichant aussi comme un choix personnel réciproque.
En 1849, Eugénie fait la connaissance de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française, dans l'hôtel de Mathilde Bonaparte, puis lors de réceptions à l'Élysée. Dès leur rencontre celui qui n'est alors que le « prince-président » est séduit. Le siège qu'il entreprend auprès d'Eugénie dure deux ans …
Le 12 janvier 1853, un incident lors d'un bal aux Tuileries, où la jeune Espagnole est traitée d'aventurière par l'épouse du ministre de l'Instruction publique Hippolyte Fortoul, précipite la décision de Napoléon III de demander Eugénie en mariage alors qu'il vient de mettre un terme à sa relation avec Miss Howard[13].
Aux Tuileries, dans sa communication[14] du 22 janvier 1853 devant le Sénat, le Corps législatif et le Conseil d'État, l'Empereur déclare :
« Celle qui est devenue l'objet de ma préférence est d'une naissance élevée. Française par le cœur, par l'éducation, par le souvenir du sang que versa son père pour la cause de l'Empire, elle a, comme Espagnole, l'avantage de ne pas avoir en France de famille à laquelle il faille donner honneurs et dignités. Douée de toutes les qualités de l'âme, elle sera l'ornement du trône, comme, au jour du danger, elle deviendrait un de ses courageux appuis. Catholique et pieuse, elle adressera au ciel les mêmes prières que moi pour le bonheur de la France ; gracieuse et bonne, elle fera revivre dans la même position, j'en ai le ferme espoir, les vertus de l'Impératrice Joséphine. […] Je viens donc, Messieurs, dire à la France : J'ai préféré une femme que j'aime et que je respecte, à une femme inconnue dont l'alliance eût eu des avantages mêlés de sacrifices. Sans témoigner de dédain pour personne, je cède à mon penchant, mais après avoir consulté ma raison et mes convictions.
Wikipédia. Août 2025.
L’impératrice Eugénie s’intègre à sa manière dans le modèle d’épouse et de souveraine que la pression sociale pouvait lui imposer, et elle a été choisie aussi parce qu’elle avait semblé pouvoir assurer le rôle très normé et très difficile à incarner de souveraine à l’âge des révolutions.
Elle assume un rôle de charité et de soutien des activités économiques. En devenant en 1853 l’épouse de l’empereur Eugénie de Montijo reprend et renouvelle en partie des codes de la charité féminine et patronne activement de nombreux projets, en accord avec les intentions sociales de son mari et en s’appuyant sur le soutien de l’administration préfectorale[7]. Elle faisait du « micro-crédit » par sa Société du prince impérial qui accordait des prêts limités pour l’achat de petit matériel artisanal.
Elle se soucie aussi à sa manière d’amélioration de la condition féminine.
Elle est personnellement intervenue en faveur de Julie-Victoire Daubié pour la signature de son diplôme du baccalauréat[38] ainsi que pour la remise de la Légion d'honneur à la peintre Rosa Bonheur[39]. Elle obtient que Madeleine Brès puisse s'inscrire en faculté de médecine.
Wikipédia. Août 2025.
Le faste de la cour qu’elle anime dépend en partie de ses décisions personnelles. Elle met en valeur les premiers colorants artificiels élaborés par la chimie de synthèse qui progresse entre l’Angleterre, la France et l’Allemagne. Elle porte de l’aniline violette et du rouge magenta élaborés à partir des résidus de charbon. Eugénie anime aussi la vie sociale de la cour. Elle reçoit au château de Compiègne des centaines d’invités choisis parmi les élites : intellectuels, artistes, savants et diplomates. Louis Pasteur en fait l’expérience en 1865, et y vit comme un résumé de l’époque. Il montre ses expériences sur le vin, assiste à des spectacles et visite le chantier de restauration du château de Pierrefonds[8].
Le modèle social qui s’impose à l’impératrice Eugénie l’a aussi rapproché de l’exercice direct du pouvoir. Napoléon III, atteint de fortes douleurs par la « maladie de la pierre » la prépare à le remplacer auprès du « prince impérial », son fils. L’impératrice devient régente à Paris le 27 juillet 1870 pour son mari Napoléon III qui est à la tête de l’armée. Elle laisse le Corps législatif renverser Emile Ollivier et nomme à sa place un militaire sans envergure le général-comte de Palikao, et conseille à son mari d’aller défendre Sedan, ce qui conduit à sa capitulation et à la proclamation d’une troisième république le 4 septembre 1870[9]. Malgré la défaire, la capture de Napoléon III et le renversement de son pouvoir elle rejoint son mari et s’exile avec lui en Angleterre. Veuve en 1873 elle meurt en 1920.
[6] Benedetta Craveri, La contessa, Flammarion, 2021
[7] Maxime Michelet, L’impératrice Eugénie. Une vie politique, Le Cerf, 2020
[8] Charles-Éloi Vial, « Chapitre 6 - La fête impériale », Les derniers feux de la monarchie. La cour au siècle des révolutions, 1789-1870, Perrin, 2016,
[9] Éric Anceau, « 12. Napoléon III et Eugénie. Splendeurs et misères du dernier couple impérial », Patrice Gueniffey éd., Les couples illustres de l'histoire de France, Perrin, 2019
c) L’expérience des conjugalités, entre coopérations et vies parallèles.
La seconde moitié du siècle renforce plutôt la distinction des modes de comportements masculins et féminins à l’intérieur du modèle du mariage. Etudié par Michelle Perrot, le journal intime de Caroline Brame montre une jeune bourgeoise qui s’intéresse surtout aux personnes, à ses amies puis à ses enfants. Elle est loin du modèle de la compétence technique et s’ennuie des dîners où les hommes « ne font que parler machine »[10].
La vie économique impose elle aussi ses contraintes et ses pressions sociales qui interfèrent avec celles du mariage.
Celui-ci est en effet souvent un moyen de sortir du salariat et du travail en usine, qui est longtemps resté bien plus fréquent chez les jeunes filles que chez les femmes mariées. En 1872, à Roubaix, centre industriel textile du département du Nord, 81% de celles qui étaient célibataires de plus quinze ans travaillent alors qu’elles ne sont plus 17% à le faire en étant mariées. Cette sortie du travail salarié peut cependant ouvrir une phase de pauvreté plus grande après la naissance des enfants et avant le moment où ceux-ci peuvent se mettre eux aussi à travailler[11].
Sortir du travail salarié pour aller vers le mariage peut aussi être un moyen de limiter les risques de « droit de cuissage » des contremaîtres. Mythe répandu alors à propos du Moyen Age, cette forme de harcèlement sexuel a pu être une réalité dénoncée par exemple lors de la grève des porcelainières de Limoges en 1905[12].
Les pressions sociales associées au mariage n’avaient pas tout à fait le même sens dans la classe des propriétaires du capital des entreprises. La volonté individuelle de certains couples de patrons et actionnaires peut les faire travailler ensemble. Ernest, fondateur du grand magasin « La samaritaine » à Paris, écrit ainsi souvent dans ses courriers professionnels « Madame Cognacq et moi »[13]. Le cadre social du mariage n’est alors cependant une voie d’accès au pouvoir économique direct que dans le cas du veuvage. Le début du siècle voit les succès d’Amélie de Dietrich dans la métallurgie ou la grande inventivité commerciale des veuves Pommery et Clicquot dans le champagne. Une pesée globale de ce phénomène est parfois possible. A Tourcoing, dans le Nord, en 1911, 85% des femmes qui dirigent effectivement une entreprise sont des veuves et elles rassemblent 11% du patronat[14]. Il s’agit d’un chiffre équivalent à celui des bijouteries parisiennes entre 1860 et 1914[15].
La coopération conjugale peut alors se faire aussi en politique, mais souvent dans une très nette distinction des fonctions et des pratiques dont peut témoigner la vie de Jenny Marx, épouse du théoricien du communisme. D’éducation bourgeoise et aristocratique elle reste en retrait et assume une grande part des charges du quotidien de son mari[16].
Des couples politiques peuvent cependant fonctionner dans une coopération bien plus égalitaire. La stratégie électorale victorieuse des républicains en 1877 doit beaucoup aux conseils de Léonie Léon, amante de Léon Gambetta. Leurs lettres privées témoignent de son influence féminine quand il lui parle du succès de ses conseils de calme et de modération ou de son « influence salutaire » qui l’a amené à « un nouveau genre de politique presque gallican »[17]. Il parcourt en effet la France promettant la paix et la sécurité à « dix millions de propriétaires ». Il promet ainsi une politique qui n’appliquerait que la partie « opportune » et acceptable par l’opinion du programme traditionnel des républicains.
La communauté de vie et de lieu de résidence qu’implique le modèle du mariage définit par le Code Civil peut aussi s’incarner d’une manière décalée à la fin du XIXe siècle. Jane Dieulafoy, jeune mariée et future archéologue accompagne son mari pendant la guerre de 1870. Elle prend l’uniforme de franc-tireur et des habits d’homme qu’elle a conservés par la suite. Elle suit ensuite son époux dans plusieurs voyages d’explorations en Perse, dans l’Iran et l’Irak actuels. Parlant le persan et habillée en homme elle participe au travail de son mari[18].
Au-delà de la réputation qu’elle avait de servir son pays avec un engagement particulier, une autre raison de son prestige résidait sans aucun doute dans son conformisme social, car en dehors de son travestissement, elle était d’un tempérament plutôt traditionnel. Non seulement elle était, en tant que catholique convaincue, une fervente opposante au droit de divorcer, mais elle se prononçait aussi avec passion en faveur de la généralisation du service militaire aux femmes72.
https://books.openedition.org/ugaeditions/12392?lang=fr
[10] Michelle Perrot, « 4. Caroline, une jeune fille du faubourg Saint-Germain sous le Second Empire », Les femmes ou Les silences de l'histoire, Flammarion, 2020
[11] Louise Tilly, « Structure de l'emploi, travail des femmes et changement démographique dans deux villes industrielles : Anzin et Roubaix, 1872-1906 », Le Mouvement social, 1978
[12] Marie-Victoire Louis, Le Droit de cuissage. France, 1860-1930, L’Atelier, 1994
[13] R. P. Buffet, «Louise Jay, épouse Cognacq», Académie de Faucigny, 1943
[14] Béatrice Craig, « Patrons mauvais genre : femmes et entreprises à Tourcoing au XIXe siècle, Histoire sociale-Social History, 2002
[15] Jacqueline Viruega, « Les entreprises de bijouterie à Paris de 1860 à 1914 », Histoire, économie & société, 2006
[16] Jérôme Fehrenbach, Jenny Marx. La tentation bourgeoise, Passés-composes, 2021
[17] Charles Sowerwine, « La politique, « cet élément dans lequel j’aurais voulu vivre » : l’exclusion des femmes est-elle inhérente au républicanisme de la Troisième République ? », Clio, 2006
[18] Ève Gran-Aymerich, Jean Gran-Aymerich, Jane Dieulafoy, une vie d'homme, Perrin, 1991
II / Le mariage éprouvé et protégé.
Doc 3 : La première guerre mondiale encourage l’expression de l’amour conjugal dans un couple de journaliers pauvres du Languedoc.
Luc Capdevilla, « L’expérience de guerre d’un combattant ordinaire. Une histoire de la souffrance et de la résignation à partir des sources privées (France 1914-1918) », Modern and Contemporary France, janvier 2003
Texte rédigé par un historien à partir des cartes postales (mais pas les lettres) échangées par Ulysse et Eugénie Caramel ; ses arrière grand-parents. Correspondance en partie destinée aussi à leur fils Léandre.
En effet, il s’opère un basculement significatif dans le rapport que Ulysse entretenait avec la guerre et sa condition masculine au cours du conflit. … Il est intéressant d‟observer ici comment au cours du conflit Ulysse a subi un bouleversement de son identité sexuelle induisant une évolution dans son rapport au champ de bataille. L’intériorisation du modèle viril acquis avant 1914, qui l’a amené à accepter sa situation lors de la mobilisation et à accepter la valorisation de sa “ fine blessure ”, n‟a pas résisté aux fatigues de la guerre. De 1914 à 1917, Ulysse en est venu a penser le champs de bataille exclusivement comme un lieu de souffrance masculine, cette souffrance formant l’objet principal de la correspondance. De 1914 à 1918 Ulysse a changé, son expérience de la guerre l’amenant à repenser son image du masculin et donc ses relations de couple …
Le premier est celui des hiérarchies implicites organisant les relations familiales. Pendant les quatre années de mobilisation, Ulysse n’a de cesse de rappeler qu’il reste le chef de famille. Il le signale par l‟évocation de son autorité. En bon père, il n’adresse pas une seule carte au petit Léandre sans lui demander d’être sage et de ne pas faire inquiéter sa maman, “ sois toujours obéissant et pense que ton papa n’est pas là pour pouvoir te corriger ” 17. Impliqué dans son rôle de père, il essaie de le protéger et de le suivre à distance dans le déroulement de sa scolarité, il lui écrit : “ je suis bien content, je vois que tu commences très bien à écrire tâche au moins de bien t’appliquer, sois toujours bien sage, ne fais pas inquiéter maman...”18. À son épouse, il fournit des conseils, la questionne, l’encourage lui confirmant qu’elle a bien agi en taillant la vigne, c’était la bonne saison, il la réconforte, il sait qu’elle a beaucoup de travail. “ Tu fais bien de les tailler l’an prochain ils seront plus jolis”19, “ tu me dis que la vigne est bien travaillée cela me fait plaisir ” 20. Parallèlement Ulysse vit une situation d’inversion des rôles avec Eugènie, elle lui envoie des colis, du linge, de la nourriture, elle lui adresse de l’argent ; il cherche à garder l’initiative : “ pour les colis tu n’a pas besoin de m’envoyer trop à manger [...] garde à manger pour toi et le petit Léandre car moi je ne souffre pas du manger ”
Ulysse, le père de famille, l’autorité au foyer, vit une situation d’infantilisation à l’armée, dont il souffre et dont il parle. Il évoque ses peurs de la sanction lorsqu’il rentre en retard de permission, avec amertume il signale à l’occasion être traité “ comme les jeunes soldats ”. …
L’investissement dans l’affectif forme le deuxième point. Au fil de la correspondance, Ulysse trouve les mots doux, des paroles tendres, des formules de plus en plus affectueuses pour dire à son épouse et à son fils qu’il les aime : il adresse des “ caresses ”, des “ meilleurs baisers ”, des “ dévoué époux ”, des “ pour la vie ” ; il leur dit qu’il “ les languis ” c’est-à-dire qu‟ils lui manquent ; souvent, il leur confie sa nostalgie en les embrassant de “ loin ”.
À son épouse, il envoie des baisers ... sur “ ta bouche ”, au fils des années les formules sont toujours plus tendres, le 1er novembre 1917 il lui dit pour sa fête : “ reçois ma chère Eugènie un doux baiser sur ta bouche de celui qui t’aime ”. Plus les années passent, plus Ulysse souffre à terminer ses lettres, comme s’il refusait de mettre un point final, il multiplie les baisers, les “ qui t’embrasse de loin ”, et bascule de l’autre côté de la carte pour la parapher.
À Léandre, il évoque ces moments qu’il aurait aimé vivre avec lui, par exemple lorsqu’il vit des aéroplanes, et il lui promet qu’à son retour il lui consacrera du temps, il l’amènera voir le cinématographe. Il lui achète des souvenirs, et fait des cadeaux aux petits garçons de son âge qu’il lui arrive de croiser, surtout il pense à sa collection de cartes-postales, il les choisit et demande des excuses lorsqu’elles ne sont pas “ jolies ”.
L’angoisse due aux lettres qui n’arrivent pas est aussi exprimée de manière très forte par Eugènie malgré ses difficultés à traduire ses sentiments par écrit, le jeudi le 5 août 1915 dans une carte très rapide elle lui fait part de sa folle inquiétude : “ aujourd‟hui jeudi je n’ai rien reçu de toi depuis dimanche, je t’assure que je ne sais à quoi le mettre, si tu es malade ou quoi, enfin j’espère, si demain j’aurais quelque chose ”. De même, elle lui dit combien elle l’aime, en mobilisant davantage des formules toutes faites, des “ meilleurs baisers ”, des “ ton épouse dévouée pour la vie ”. Sans que l’on puisse être certain de la chronologie, il semble que se soit elle qui ait impulsé l’intimité dans la correspondance, dans le sens où elle a l’initiative des manières de dire son amour, sa fidélité, sa tristesse. Ces couples restaient très pudiques dans leur prise de parole et plus encore dans l’expression écrite, or Eugènie tout en restant effectivement très pudique multiplie les baisers et les signes d’affection, tout en insérant le petit Léandre dans son dispositif sentimental.
Ulysse était plus à l’aise dans l‟expression écrite. Dans quelques rares cartes, impudique, il explicite son désir et ses frustrations. En Grèce il envoie à Eugènie des photographies de femmes ! “ ...regarde ci les femmes grecques sont jolies, je ne les toucherai pas avec mes doigts ” lui écrit-il le 4 juillet 1917. Le 15 septembre, cette fois, il lui adresse la photographie d’un harem : “ regarde ci je t’envoie des jolies femmes, il lui en faut rien que 4 à celui-là, et nous autres il faut se contenter de rien ”.
Au fil des années de guerre, l’homme fort et courageux, le citoyen-soldat, le père de famille, a révélé sa tendresse, sa fragilité, sa nostalgie du foyer. Il a vécu aussi dans une certaine dépendance de son épouse, elle l’a entretenu alors qu’elle dirigeait les affaires du ménage. Plus encore, tandis qu’Ulysse parcourait les lignes de front et qu’Eugénie restait au village, ils ont appris l’un comme l’autre à voir le monde à travers les yeux du conjoint ; Ulysse lisait la presse et informait Eugènie sur sa vie ennuyeuse et répétitive, Eugènie tout en lisant la presse elle aussi informait Ulysse sur les choses de la vie au pays ; “ écris moi des lettres que tu me donneras plus de détail que sur une carte ” lui disait-il dès le 3 septembre 1914.
La résignation et la souffrance qui structurent la correspondance intime du noyau familial sont en décalage complet avec le support photographique qui compose la collection de cartes-postales.
Eugénie et Léandre, par contre, lui adressent des photographies personnelles (illustrations n°4 et 5), des images du village, ou des cartes postales patriotiques mettant en scène des enfants ou des couples avec enfant.
Ulysse montre sa campagne militaire en privilégiant l’exotisme, tandis qu’Eugénie, et dans une moindre mesure Léandre, essaient, consciemment ou inconsciemment de susciter chez lui la nostalgie du foyer et du pays.
Il y a beaucoup de cartes-postales qui montrent les destructions de la guerre, voire quelques scènes militaires. Et pourtant, Ulysse cherche à rassurer les siens dans chacune de ses lettres. Par exemple, sans tenir compte du paysage de ruines qu’il leur adresse, il écrit “ cette carte que je t’envoie c’est l’incendie de Salonique, regarde si la ville est bien jolie ” (illustration n°6)28.
Doc 4 : 17 citations de Sacha Guitry sur le mariage
https://www.citons-precis.com/2019/01/sacha-guitry-mariage/html
"Certains hommes n'ont que ce qu'ils méritent, les autres sont célibataires." (Sacha Guitry)
- Vous ne pouvez pas savoir ce qu'on s'ennuie à Londres un dimanche ! Je m'y étais rendu le samedi, c'était déjà intolérable, le dimanche, c'était impossible, et le lundi je trouvai enfin quelque chose à faire : je me mariai.
- Le premier homme qui s'est marié, mon Dieu, il n'y a rien à lui dire : il ne savait pas, mais vraiment, le deuxième est inexcusable.
- Le mariage vous enseigne la loyauté, la patience, la persévérance, l'humilité, l'épargne et beaucoup d'autres choses dont vous n'auriez aucun besoin si vous étiez resté célibataire !
- Le mariage c'est résoudre à deux les problèmes qu'on n'aurait pas eus tout seul.
- Pour se marier, il faut un témoin...comme pour un accident ou un duel.
- Pourquoi se marie-t-on, d'ailleurs ? Pour pouvoir divorcer un jour.
- Un mariage est rarement un mariage de raison, mais un divorce est toujours un divorce de raison : on se connaît.
"Il faut toujours se marier avec une belle femme: vous trouverez toujours quelqu'un pour vous en débarrasser." (Sacha Guitry)
- Le célibat ? On s'ennuie. Le mariage ? On a des ennuis.
- Deux personnes mariées peuvent fort bien s'aimer. A condition de ne pas être mariés ensemble.
- La bigamie, c'est avoir une femme de trop. La monogamie aussi.
- La chaîne du mariage est si lourde qu'il faut parfois être trois pour la porter...
- Quand on a vingt ans de plus qu'une femme, c'est elle qui vous épouse.
- C'est très joli la fidélité, mais c'est une arme à double tranchant. Combien de gens se croient tout permis dans leur mariage sous le prétexte qu'ils sont fidèles.
- Une femme qui s'en va avec son amant n'abandonne pas son mari, elle le débarrasse d'une femme infidèle.
a) Un âge d’or du familialisme.
Trois femmes deviennent ministres sous la IVe république, mais dans des domaines « féminins » et familiaux qui restent dans le cadre du modèle social traditionnel : jeunesse et sports pour Andrée Viennot et logement pour Jacqueline Thome-Patenôtre ou santé publique avec Germaine Pionso Chapuis. Cette dernière a participé à l’expérience du compagnonnage démocratique d’après-guerre. Avocate démocrate chrétienne à Marseille elle avait résisté (dans le réseau dirigé par Marie Madeleine Fourcade) et aidé le socialiste résistant Gaston Deferre avant de s’engager dans la vie municipale puis d’être députée et ministre dans les coalitions de son époque[19].
Elle a ainsi pu exprimer à l’assemblée une vision de la famille fondée sur le mariage comme « élément naturel et fondamental de la société » issue de la pensée contre révolutionnaire du XIXe siècle et présentée comme « protection de l’individu dans son cadre naturel … au service de l’enfant comme la société est au service de l’homme »[20]. Elle n’est pas entièrement suivie sur ce point, mais le préambule de la constitution affirme que « la Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement ».
[19] Sylvie Chaperon, « Association Les Femmes et la Ville » (sous la direction d'Yvonne KNIBIEHLER), Germaine Poinso-Chapuis. Femme d'État, Aix-en-Provence, Edisud, 1998
[20] Antomarchi Véronique. Germaine Poinso-Chapuis : une politique familiale entre catholicisme social et féminisme. In: Recherches et Prévisions, n°53, septembre 1998
b) Une demande de couple, de mariage et d’enfants.
La sociologue Evelyne Sullerot voit dans le désir d’enfants qui traverse la France du « baby boom » la « protestation de vie » d’une génération qui a vécu la catastrophe et la pénurie et qui rejette « la prudence, l’esprit d’économie, le malthusianisme » des générations timorées qui précèdent. La « croissance » était à l’ordre du jour tant pour la famille que pour l’économie.
La survalorisation du couple et du mariage se manifeste aussi dans le rapport au travail féminin. Il recule clairement dans une parenthèse des « trente glorieuses ». Le taux d’activité des femmes de 30 à 34 ans dépassait les 50% de 1901 aux années 1930 et il tombe aux alentours de 40% entre 1946 et 1968. Celui des femmes de 20 à 24 ans était par contre resté autour de 60% pendant toute la période en question[21].
La défense du modèle familial faisait partie des revendications de groupes de citoyens comme la Fédération nationale catholique (2 500 000 adhérents en 1927). La reconnaissance politique de ce mouvement est progressive. Quelques mesures natalistes sont prises dès la fin de la IIIe république. En 1942 une loi crée des Associations de famille qui rassemblent les mouvements existants. Une ordonnance de 1945 crée des Unions Départementales (et nationales) des Associations Familiales qui ont rôle d’enquête et de mobilisation sociale. Elles ont aussi une voix politique en participant en 1946 à une conférence des prix et des salaires et estiment que les prestations familiales devraient être égales à 40% du salaire moyen pour compenser le surcoût d’une personne à charge (enfants, femme au foyer)[22]. La guerre et la libération élargissent alors nettement l’étendue des revendications familialistes qui sont et deviennent aussi bien plus présentes dans d’autres courants politiques. Elles sont aussi très visibles dans l’iconographie des affiches du parti communiste de l’époque.
[21] Margaret Maruani, Monique Meron, Un siècle de travail des femmes en France : 1901-2011, Paris, La Découverte, 2012
[22] Michel Emmanuel, Ludovic Laloux, Histoire des associations familiales catholiques depuis leur création au début du XXe siècle, François Xavier de Guibert, 2005
c) Une période de « révolution maternelle ».
L’historienne Yvonne Knibiehler voit dans la promotion politique de la maternité une « révolution maternelle » qui fait de la possibilité d’avoir des enfants dans le mariage une part essentielle de la citoyenneté féminine[23]. La reconnaissance politique de cette citoyenneté a été forte avec des dispositifs qui compensent le manque à gagner des familles vivant sur un seul salaire masculin : allocations familiales et de salaire unique (versée au domicile) et quotient familial. Cette vision de la mère comme citoyenne se traduit aussi par une vision du féminin synonyme d’initiative et de force, avec des encouragements à l’engagement par exemple municipal[24].
Philippe Ariès analysait dès l’époque en question les évolutions de la famille en historien des mentalités. Il analysait « l’extraordinaire résistance » de la famille nucléaire (le couple et les enfants) comme une résistance à l’individualisme absolu et un triomphe de la vie privée comme lieu de sécurité, de transmission et de paternité mais aussi d’épanouissement sexuel. Cela en faisait pour lui un « refuge contre les forces collectives » du socialisme économique et politique ou d’une vie professionnelle qui a « perdu sa densité relationnelle »[25].
Des reportages télévisés sur les femmes les voient cependant se plaindre de manquer de temps pour elles et d’avoir une « vie terre-à-terre »[26]. L’importance du financement social de la famille recule aussi à l’époque en passant de 37% du total des prestations sociales en 1949 à 17% en 1969.
[23] Yvonne Knibiehler Histoire des mères et de la maternité en Occident, PUF, 2002
[24] Dubesset, Mathilde. « Les figures du féminin à travers deux revues féminines, l'une catholique, l'autre protestante, La Femme dans la Vie Sociale et Jeunes Femmes, dans les années 1950-1960 », Le Mouvement Social, vol. no 198, no. 1, 2002
[25] Philippe Ariès, Le Présent quotidien, 1955-1966, Seuil, 1997.
[26] Marie-Françoise LEVY : Les femmes du temps présent à la télévision : la mutation des identités (1960-1975) in, Geneviève Dreyfus-Armand, Robert Frank, Marie-Françoise Lévy, Michelle Zancarini-Fournel (dir.), Les Années 68. Le temps de la contestation, IHTP-CNRS/Complexe, 2000,
III / La grande divergence des modèles familiaux.
a) Un désir de dérégulation et d’égalisation des rapports de couple.
« Tout. Ce que nous voulons : Tout ». C’est le titre d’un magazine né dans la foulée de mai 68, mais un peu après. Comme Actuel[27], il porte en 1971 la revendication de « libre disposition de notre corps » qui se développe à l’époque.
Ce mouvement veut repenser radicalement la figure de la personne humaine accomplie. Cela passe par une nouvelle répartition du pouvoir dans le modèle social du mariage, dans une tentative pour supprimer les pressions sociales qui pourraient s’exercer sur la conjugalité. En 1970 la « puissance paternelle » devient une « autorité parentale » dans la loi et le mariage une association plus qu’une protection. Des mouvements se constituent pour radicaliser cette évolution avec la création du Mouvement de Libération des Femmes le 26 août 1970 et celle du Front homosexuel d’action révolutionnaire en 1971.
Cela passe aussi par une déconstruction philosophique des contraintes sociales. Pour Gilles Deleuze les obligations sont une falsification et l’homme une « machine désirante » avec propagation de flux et émission de particules[28]. La non directivité est à la mode, tout comme la folie. Pour Michel Foucault, l’homme maître de lui-même est une invention récente, alors que l’humain est voué par nature à l’errance et à l’erreur. La contestation des limites sociales a pu produire une certaine tolérance pour la pédophilie. Ces auteurs signent, avec d’autres, une pétition pour trois hommes accusés d’atteinte sexuelles sur mineurs de moins de quinze ans[29].
L’anti « humanisme » de l’époque se nourrit aussi des découvertes récentes de la génétique comme celles de Jacques Monod. Il considère en effet que l’homme « a émergé par hasard » [30], ce qui a renouvelé le concept de « vie » et permis de penser un affranchissement de l’individu par la contraception et l’avortement[31].
La « pression sociale » peut alors changer de sens. Les rapports entre les hommes et les femmes changent effectivement, dans les statistiques comme dans les témoignages. Perdre sa virginité précocement « nous nous en sentions non seulement le droit, mais presque le devoir »[32]. Cela se traduit aussi par la pression sociale d’une « norme contraceptive » stigmatisant les grossesses à éviter car trop précoces ou trop tardives[33].
[27] ROLLAND, Michaël. Actuel (1970-1975) et les contre-cultures des années 1968 en France In : 1968, entre libération et libéralisation : La grande bifurcation [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2010
[28] Gilles Deleuze, Félix Guattari, L’Anti-Œdipe, Editions de Minuit, 1972
[29] Coll, « A propos d’un procès », Le Monde, 26 janvier 1977
[30] Jacques Monod, Le hasard et la nécessité : essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne, Le Seuil, 1970
[31] Perrine Simon-Nahum, « 1967. La loi Neuwirth ou la révolution de la vie, L’histoire, 1er novembre 2017
[32] Anne-Claire Rebreyend, Intimités amoureuses. France 1920-1975, Presses universitaires du Mirail, 2009
[33] Bajos, Nathalie, et Michèle Ferrand. « L'interruption volontaire de grossesse et la recomposition de la norme procréative », Sociétés contemporaines, vol. no 61, no. 1, 2006
b) Profonde évolution de la société et recul du mariage.
Les nouvelles images idéales de la féminité libérée ne sont pas la seule explication des évolutions démographiques rapides de l’époque. Il y a un recul de l’institution du mariage puis un retard de la formation des couples et surtout de l’âge de naissance du premier enfant à partir de 1975. Il passe de 24 ans et deux mois à 27 ans entre 1974 et 1990. Ces évolutions sont sans doute liées au développement du chômage des jeunes et ensuite à l’allongement de la durée des études[34].
Le taux d’activité des femmes de 30 à 34 ans remonte aussi rapidement 40% en 1968 à plus de 75% en 1990. Qu’il s’agisse d’une libération ou d’une transformation ces évolutions s’accompagnent d’une plus grande instabilité des couples et des mariages. En 1965 10 % des mariages se terminaient par un divorce c’est 30 % en 1985.
[34] Prioux F. L'âge à la première union en France une évolution en deux temps. In: Population, 58ᵉ année, n°4-5, 2003.
c) Une dissidence des papes et de certains catholiques.
L’évolution des mœurs s’est accompagnée d’un recul du consensus sur les normes de la vie sociale.
La divergence traverse les catholiques pratiquants quand le pape Paul VI refuse la contraception chimique dans son encyclique Humanae vitae en 1968. Une partie des chrétiens s’y oppose quand d’autres suivent son refus de séparer l’engagement durable dans le mariage, la sexualité et la procréation. Ces derniers confortent leur engagement dans les rencontres des Equipes Notre Dame ou lisent le magazine Famille chrétienne lancé en 1978.
Doc 5 : Discours de Jean-Paul II aux Équipes Notre-Dame
https://site-catholique.fr/?Discours-de-Jean-Paul-II-aux-Equipes-Notre-Dame,
Sacrements > Mariage
Voici la Prédication de notre Pape, Saint Jean-Paul II « L’Alliance s’exprime à travers le signe du Mariage intimement lié à l’Eucharistie » aux Foyers des Équipes Notre-Dame du Père Henri Caffarel lors de leur Pèlerinage à Rome le Jeudi 23 septembre 1982.
Le Discours de Jean-Paul II aux Equipes Notre-Dame « L’Alliance s’exprime à travers le signe du Mariage intimement lié à l’Eucharistie » :
Chers Frères et Sœurs,
Vous avez choisi comme lumière pour éclairer votre pèlerinage à Rome la Parole du Seigneur : « Si tu savais le don de Dieu ».
Vous avez été bien inspirés. Cette interrogation pressante et joyeuse traverse toute la Bible et nous atteint tous : « Si tu savais le don de Dieu ! ». Si tu savais, toi qui cherches à boire, poussé par une soif terrestre, si tu savais la source intarissable ! Elle est près de toi, mais sauras-tu la reconnaître ?
Cette question vous concerne vous aussi, époux chrétiens. Vous le savez bien, vous qui gardez et développez le souci de remonter à la source de votre amour et de votre grâce au sein de vos Equipes, sous le patronage de Notre-Dame, Mère du bel amour.
LE MYSTÈRE DE L’ALLIANCE
1. Dès les origines, le Don de Dieu à l’homme c’est la vie et l’amour. Et ce Don, cette Grâce s’exprime dans la grâce d’un visage, d’une femme, Eve, la mère des vivants, image bien imparfaite, mais image tout de même de la nouvelle Eve, Marie, pleine de grâce. La joie d’Adam, comblé dans son attente, éclate : « Celle-ci est os de mes os et chair de ma chair » (Gen. 2, 23). Tous deux s’extasient devant l’amour et la vie partagés lorsque naît leur premier fils : « J’ai acquis un homme de par Yahvé ! » (Ibid. 4, 1). Et pourtant ils ne soupçonnent pas l’étendu ni la profondeur du don de Dieu (Cf. Eph. 3, 18-19).
Cette Grâce, ce Don de l’amour et de la vie n’est en effet qu’une première étape. Le Seigneur veut se lier à l’humanité, « s’accorder » avec elle. Il fait alliance avec son peuple choisi : « Je suis Yahvé ton Dieu, qui t’ai fait sortir d’Egypte… Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi » (Ex. 20, 2-3). Mais cette Alliance n’est pas un simple contrat ni une alliance politique: comme le Seigneur y engage sa Parole et sa Vie, elle appelle amour et tendresse. L’Alliance s’exprime à travers le signe du Mariage. Les prophètes creusent ce mystère de l’Alliance à travers l’histoire orageuse de la fidélité de Yahvé et des infidélités de son Peuple, parfois même à travers leur propre vie conjugale (Cf. Os. 2, 21-22), et Jérémie va jusqu’à annoncer une Alliance nouvelle (Ier. 31, 31).
Et de fait, « quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils né d’une femme » (Gal. 4, 4). Le Christ épouse la condition humaine dans le sein de la Vierge Marie. « Le Verbe se fait chair ». Alliance indéfectible, car rien jamais plus ne pourra séparer l’homme de Dieu, unis pour toujours en Jésus-Christ (Cf. Rom. 8, 35-39). C’est encore en termes d’épousailles que se dit le mystère : Jésus accomplit son premier signe aux noces de Cana (Cf. Io. 2, 11); puis l’Evangile laisse entendre que le véritable époux, c’est lui (Cf. Io. 3, 29 ; Eph. 5, 31-32). Jésus va jusqu’au bout de l’amour (Cf. Io. 15, 13 ; 13, 1), il scelle l’Alliance dans le sang de sa Croix et « remet son Esprit » (Ibid. 19, 30) à l’Eglise, son Epouse.
L’Eglise apparaît ainsi comme le terme de l’Alliance : comblée du don de Dieu, elle est l’Epouse aimée et féconde qui engendre de nouveaux enfants jusqu’à la fin des temps. « Sacrement universel du salut » (Cf. Gaudium et Spes, 41, 1 et 42, 3 ; cf. Lumen Gentium, 1, 1 et 48), elle conduira petit à petit l’humanité, par l’annonce de la Parole et par les sacrements, à vivre pleinement le don de Dieu dans l’Alliance qui lui est offerte.
EUCHARISTIE ET MARIAGE
2. Les Sacrements sont ainsi des lieux de la célébration et de l’accomplissement de l’Alliance. L’Eucharistie l’est à un titre éminent (Cf. Presbyterorum Ordinis, 5), mais le Mariage « intimement lié » à l’Eucharistie (Familiaris Consortio, 57), présente un lien particulier avec l’Alliance. L’ancienne Alliance s’est exprimée dans le signe du Mariage des hommes ; mais la réalité du Mariage chrétien est comme habitée et transfigurée par la Nouvelle Alliance.
J’ai souligné dans l’exhortation apostolique « Familiaris Consortio », consacrée à la famille, à la suite du Synode de 1980, la nécessité « de découvrir et d’approfondir cette relation » (Ibid.). Votre pèlerinage à Rome me donne l’occasion d’ouvrir quelques pistes, qu’il vous appartient d’explorer plus avant.
COMMUNION
L’Eucharistie en effet nous rend accessible l’Alliance, en même temps le don et Celui qui se donne : Sacrement par excellence de l’Alliance, elle est mystère de communion, d’unité, dans le respect de la personne de chacun : « Celui qui mange ma chair demeure en moi et moi en lui » (Io. 6, 56). « De même que… je vis par le Père, celui qui mange ma chair vivra aussi par moi » (Io. 6, 57). Elle manifeste la communion du Père et du Fils dans l’Esprit en entraînant dans cette communion les fidèles, qui se trouvent ainsi en communion les uns avec les autres (Cf. 1 Cor. 10, 17). Par la chair du Christ ressuscité s’opère la communion dans l’Esprit: « Celui qui s’unit au Seigneur n’est avec lui qu’un esprit » (Ibid. 6, 17).
L’accomplissement de l’Alliance dans l’Eucharistie se répercute dans l’alliance conjugale. Le Sacrement de Mariage ne réalise-t-il pas aussi une communion où l’unité dans la chair conduit à la communion de l’esprit ? Comme l’Alliance du Christ, l’alliance conjugale entraîne les époux à vivre la fidélité dans « la tendresse et la miséricorde » en même temps que dans « la justice et le droit » (Os. 2, 21). « Le mariage des baptisés devient ainsi le symbole réel de l’Alliance nouvelle et éternelle, scellée dans le sang du Christ. L’Esprit, que répand le Seigneur, leur donne un cœur nouveau et rend l’homme et la femme capables de s’aimer comme le Christ nous a aimés » (Familiaris Consortio, 13). « C’est dans ce sacrifice de la nouvelle et éternelle Alliance que les époux chrétiens trouvent la source jaillissante qui modèle intérieurement et vivifie constamment leur alliance conjugale » (Ibid. 57). Près du Seigneur ils apprennent à aimer « jusqu’au bout », dans le don et le pardon. Et comme Il vit lui-même une Alliance indissoluble, ils apprendront de lui la fidélité sans faille à la parole et à la vie données.
L’Alliance, non seulement inspire la vie du couple, mais s’accomplit en elle en ce sens qu’elle déploie son énergie propre dans la vie des époux : elle « modèle » de l’intérieur leur amour: ils s’aiment non seulement comme le Christ a aimé, mais déjà, mystérieusement, de l’amour même du Christ, puisque son Esprit leur est donné… dans la mesure où ils se laissent « modeler » par Lui (Cf. Gal. 2, 25 ; Eph. 4, 23). A la Messe, par le ministère du Prêtre, l’Esprit du Seigneur fait du pain et du vin le Corps et le Sang du Seigneur ; dans et par le Sacrement du Mariage, l’Esprit peut faire de l’amour conjugal l’amour même du Seigneur; si les époux se laissent transformer, ils peuvent aimer avec « le cœur nouveau » promis par l’Alliance Nouvelle (Cf. Familiaris Consortio, 20).
« Appel du corps et de l’instinct, force du sentiment et de l’affectivité, aspiration de l’esprit et de la volonté » (Familiaris Consortio, 13), par le don du Seigneur l’amour des hommes peut être totalement irradié par la Source de l’amour et manifester véritablement l’Alliance nouvelle et éternelle qui rayonne en lui.
Nous sommes très loin ici, bien sûr, d’une simple poussée instinctive ou d’un simple accord temporaire lié aux intérêts immédiats escomptés auxquels beaucoup de gens, aujourd’hui, tendent à réduire ce don du Seigneur qu’est l’amour !
3. J’ai dit : « Si les époux se laissent transformer », car le don proposé par Dieu ne rencontre pas que consentement : dès les origines il se heurte au refus et à l’orgueil. Les tentatives toujours renaissantes d’un christianisme sans sacrifice sont vouées à l’échec : elles se heurtent à la réalité du péché. La mission du Christ n’est accomplissement de l’homme que par sa mort et sa résurrection. L’Eucharistie nous rappelle sans cesse que le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle est « versé en rémission des péchés » (Matth. 26, 28). L’Alliance est scellée dans le sang de l’Agneau.
Rien d’étonnant alors à ce que le Sacrement de Mariage engage les époux sur un chemin où ils rencontreront la Croix. Croix à l’intérieur du couple, sacrifice de l’égoïsme de chacun, refus, faiblesses, déceptions appelant le pardon, ruptures. Croix venant des enfants, de leurs limites, de leurs infirmités, de leurs infidélités. Croix des foyers stériles. Croix de ceux dont la fidélité à l’alliance suscite moqueries, ironie ou même persécutions. Nous ne vivons pas dans un monde innocent ! L’amour comme toute réalité humaine a besoin d’être sauvé, racheté. Mais la fréquentation de l’Eucharistie permet aux époux de faire de leurs épreuves un chemin de communion, une participation au Sacrifice du Seigneur, une nouvelle manière de vivre l’Alliance et, par-delà la Croix, par-delà toutes les formes de mort qui jalonnent leur existence, d’accéder à la joie : le Mariage chrétien est une Pâque.
4. Le Sacrifice du Seigneur en effet le conduit à la Résurrection et au don de l’Esprit. Il débouche sur l’action de grâce et la louange du Père. C’est bien le sens originaire du mot « Eucharistie » où nous prenons la « coupe de bénédiction » (1 Cor. 10, 16). La bénédiction de l’alliance d’Adam et Eve s’achève dans la bénédiction du nouvel Adam et de la nouvelle Eve. Immergée dans l’Alliance du Christ et de l’Eglise (Cf. Eph. 5, 25 s.), l’alliance conjugale débouche aussi dans la joie, la gratitude et l’action de grâce. En ce sens également chaque famille chrétienne est appelée à devenir une « petite Eglise », un Lieu où retentit la louange et l’adoration (Cf. Ibid. 5, 19). Les époux exercent là leur sacerdoce de baptisés. Foyers des Equipes Notre-Dame, vous avez vous-mêmes contribué à la remise en honneur de la prière en foyer, et vous avez rendu par là un service appréciable. La « reconnaissance », l’action de grâce et la joie fondées non sur l’illusion, mais sur la vérité du don et du pardon, ont aussi un rôle à jouer dans le monde : crispé sur ce qu’il conquiert, il risque de perdre le sens du gratuit. Il se ferme alors à la gratitude, à l’action de grâce, sources de la joie, oubliant qu’il est non seulement « digne et juste » de rendre grâce, mais aussi « salutaire » !
FAIRE L’EGLISE
5. Je viens d’évoquer le service rendu à l’Eglise par la prière des Equipes. Je tiens à insister sur la dimension ecclésiale de votre vocation conjugale. L’Alliance nouvelle et éternelle est offerte à la « multitude » (Matth. 26, 27). Si personnelle que soit la rencontre eucharistique de chaque chrétien, elle concerne le Corps tout entier. « L’Eglise fait l’Eucharistie, mais l’Eucharistie fait l’Eglise ». Par-delà les diversités de race, de nation, de sexe, de classe, l’Eucharistie fait éclater les frontières, le corps eucharistique du Christ construit son Corps mystique qui est l’Eglise. La célébration de l’Alliance nouvelle et éternelle donne pleine consistance à l’Assemblée chrétienne : celle-ci « fait corps » dans le corps du Christ (Cf. 1 Cor. 10, 17). Mais loin de l’enfermer dans l’intimisme de quelque chambre haute, l’Eucharistie la fait éclater aux quatre coins du monde. L’Esprit du Christ ressuscité assure en même temps la Communion et la Mission (Cf. Act. 1, 13 ; 2, 4 ; Matth. 28, 18-20).
« Dans le don eucharistique de la charité, la famille chrétienne trouve le fondement et l’âme de sa « communion » et de sa « mission » : le pain eucharistique fait des différents membres de la communauté familiale un seul corps… » et en même temps il nourrit le « dynamisme missionnaire et apostolique » (Familiaris Consortio, 57). Sacrement de l’Alliance, l’Eglise domestique qu’est le foyer vivra intensément la communion, une communion non point repliée dans l’intimisme, mais toute ouverte à la mission. Cellule d’Eglise ouverte aux autres communautés, la famille chrétienne n’est pas une chapelle fermée, un cénacle. C’est pourquoi vous devez avoir le souci de travailler en communion étroite avec vos évêques et les pasteurs de l’Eglise, à commencer par vos curés de paroisses.
Votre vocation de « bâtisseurs » de l’Eglise commence par un don généreux de la vie (même dans l’Eglise, beaucoup de foyers ne savent plus que « les enfants sont le don le plus excellent du Mariage » (Gaudium et Spes, 50). Elle se poursuit dans les activités multiples que chaque couple peut mener selon sa vocation propre, de la catéchèse à l’animation liturgique ou à l’action apostolique sous toutes ses formes. Chaque foyer apprendra à discerner sa vocation propre en confrontant ses goûts, ses talents et ses possibilités avec les besoins et les appels de l’Eglise et du monde. Car le service missionnaire le plus urgent dépasse les frontières de l’Eglise. Ce monde vieilli (Familiaris Consortio, 6), ne croit plus à la vie, à l’amour, à la fidélité, au pardon; il a besoin de signes de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui lui révèlent et l’amour authentique, et la fidélité jusque dans la croix, et la joie de la vie, et la force du pardon ; il lui faut réapprendre le prix d’une parole donnée et tenue, dans une vie offerte. A travers la fidélité des époux, il pourra entrevoir la fidélité du Dieu vivant.
JUSQU’À CE QU’IL VIENNE
6. L’Eucharistie enfin annonce et prépare le retour du Seigneur et l’accomplissement définitif de l’Alliance. L’Eucharistie est une nourriture pour le chemin : elle prépare le temps où elle-même ne sera plus nécessaire parce que « nous le verrons tel qu’il est » (1 Io. 3, 2). Loin de nous conduire à mépriser le temps qui passe, elle nous donne de faire de l’éternel avec du temporel, mais en même temps elle nous évite de nous enliser dans le présent en nous rappelant notre condition de nomades sur cette terre (Hebr. 11, 9-11; Phil. 3, 20 ; 1 Petr. 2, 11). Peuple vers la Cité de Dieu, vers la Jérusalem céleste, où nous serons comblés du don de Dieu.
Cette perspective eschatologique de l’Eucharistie rejaillit jusque dans le Mariage. Celui-ci porte la marque de l’éphémère : « Elle passe la figure de ce monde » (1 Cor. 7, 31). Cependant le corps est plus que le corps, il est le signe de l’esprit qui l’habite (Cf. Jean-Paul II Allocution en Audience Générale du 28 juillet 1982 : vide supra, pp. 132 ss.), le Mariage chrétien est plus que la chair. « L’amour est plus que l’amour » (Paul VI Allocution aux « Equipes Notre-Dame » du 4 mai 1970 : Enseignements de Paul VI, VIII (1970) 427). Transfiguré par l’Esprit, l’amour construit de l’éternité car « l’amour ne passe jamais » (1 Cor. 13, 8). Mais en même temps un amour conjugal authentique, pétri pourtant de tendresse et de fidélité, empêche de s’arrêter à son conjoint en une adoration indue : il conduit de l’alliance conjugale à l’Alliance divine et de l’image à sa Source. C’est pourquoi il se reconnaît inséparable d’un autre signe de l’Alliance : le célibat « pour le Royaume » (Matth. 19, 12 ; cf. Jean-Paul II Allocution en Audience Générale du 30 juin 1982 : Enseignement de Jean-Paul II, V, 2 (1982) 2452 ss.). Celui-ci rappelle à tous que le don par excellence de Dieu n’est pas une créature, si aimée soit-elle, mais le Seigneur lui-même : « Ton époux, c’est ton créateur » (Is. 54, 5). Le véritable Epoux des noces définitives, c’est le Christ, et l’Epouse, c’est l’Eglise (Cf. Matth. 22, 1-14). La virginité consacrée, signe du monde à venir (Familiaris Consortio, 16), retentit comme un appel au cœur de tous les foyers chrétiens. Elle n’est ni peur ni refoulement mais l’appel d’un plus grand amour (Cf. Allocution en Audience Générale du 21 avril 1982 : Enseignements de Jean-Paul II, V, 1 (1982) 1270 ss.). J’ai tenu à rappeler que, en ce sens, « l’Eglise… a toujours défendu sa supériorité par rapport au Mariage » (Familiaris Consortio, 16) même si cela est mal compris aujourd’hui. C’est vous dire l’importance que l’Eglise attache à un certain climat dans les familles chrétiennes pour qu’y fleurisse, dans la liberté et la joie, l’appel à tout quitter pour le Christ.
CHEMINEMENT
7. « Si tu savais le don de Dieu ». Vous n’aurez pas assez, Frères et Sœurs, de toute votre vie conjugale pour explorer l’incommensurable Don de Dieu qui vous est fait dans votre Sacrement de l’alliance. L’Eglise n’aura pas assez de temps sur son chemin terrestre pour explorer le Don de Dieu, « la hauteur et la profondeur, la longueur et la largeur de l’amour de Dieu qui défie toute connaissance » (Eph. 3, 18-19). Raison de plus pour s’y attacher dès maintenant, en foyer, en Equipes et en Eglise.
Pourtant ce rappel de l’ambition de Dieu sur le Mariage de ses enfants pourrait peut-être vous accabler : comment assumer une telle mission parmi les hommes et les femmes d’aujourd’hui ?
Vous avez raison de reconnaître vos limites : l’humilité est le premier pas vers la sainteté Mais vous ne devez pas pour autant rabaisser les ambitions de Dieu sur vous ; comment l’amour pourrait-il subsister s’il ne reflétait la sainteté de sa source, dans la fidélité et la fécondité ? « Si le mariage chrétien est comparable à une très haute montagne qui met les époux dans le voisinage immédiat de Dieu, il faut bien reconnaître que son ascension exige beaucoup de temps et beaucoup de peine. Mais serait-ce une raison de supprimer ou de rabaisser un tel sommet ? » (Jean-Paul II Homélie à Kinshasa du 3 mai 1980 : Enseignements de Jean-Paul II, III, 1 (1980) 1075).
Le décalage que vous percevez entre l’attente du Père et vos pauvres réponses ne doit pas vous paralyser mais vous rendre plus dynamiques encore. Vous savez par expérience qu’une vraie mère ne se fait pas complice des refus de manger, de travailler ou d’aimer de ses enfants ! Elle les presse d’avancer sur la route de la vie, sans faiblesse ni dureté, avec une tendre et miséricordieuse exigence. Mais vous savez aussi par expérience qu’un père aimant n’accable pas ses enfants parce qu’ils grandissent lentement ! Dans l’exhortation apostolique, j’ai parlé non pas de la « gradualité de la loi », car les exigences de la création et de la rédemption du corps nous concernent tous dès aujourd’hui, mais de la gradualité du « cheminement pédagogique de croissance » (Familiaris consortio, 9). N’est-ce pas toute notre vie chrétienne qui doit être pensée en termes de cheminement ?
Dans chacun des domaines où vous vous heurtez à des obstacles, dans l’amour et ses expressions, ses réticences et ses reprises, dans les difficiles problèmes de la régulation des naissances - pour aboutir à des relations conjugales « maîtrisées et respectueuses de la nature et des finalités de l’acte matrimonial » (Allocution au « Centre de Liaison des Equipes de Recherche » du 3 nov. 1979 : Enseignements de Jean-Paul II, II, 2 (1979) 1033) et garder toujours un respect absolu de la vie humaine - et de même pour ce qui est de votre rôle dans l’Eglise et dans le monde, je vous renvoie à ce que vous disait Paul VI dans le célèbre discours qu’il vous adressait en 1970 : « Le cheminement des époux, comme toute vie humaine, connaît bien des étapes, et les phases difficiles et douloureuses y ont aussi leur place. Mais il faut le dire hautement : jamais l’angoisse ni la peur ne devraient se trouver chez les âmes de bonne volonté, car enfin l’Evangile n’est-il pas une bonne nouvelle aussi pour les foyers, et un message qui, s’il est exigeant, n’en est pas moins profondément libérateur ? » (Paul VI Allocution aux « Equipes Notre-Dame » du 4 mai 1970 : Enseignements de Paul VI, VIII (1970) 433).
Vos combats spirituels, et même le regret de vos péchés, confiés au Seigneur dans le Sacrement de la Réconciliation (Familiaris Consortio, 58), ont encore un rôle à jouer : ils peuvent vous rendre plus fraternels envers vos frères et vos sœurs éprouvés par les échecs de toutes sortes, par l’abandon du conjoint, la solitude ou les déséquilibres, et vous aider, sans rien renier de la vocation des couples à la sainteté, à accompagner ces frères et à les remettre en route.
8. Ces dernières réflexions ne nous ont pas éloignés de l’Eucharistie, elles nous y ramènent au contraire : l’Eucharistie n’est-elle pas un viatique pour ceux qui marchent ? N’est-elle pas la rencontre avec Celui qui est la Vérité et la Vie, et en même temps le Chemin ? (Cf. Io. 14, 6)
Alors, Frères et Sœurs très aimés, vivez au cœur du Sacrement de l’Alliance, votre Mariage étant nourri de l’Eucharistie et l’Eucharistie éclairée par votre Sacrement de Mariage ; il y va de l’avenir du monde. Que malgré vos limites et vos faiblesses, humblement et fièrement en même temps, votre lumière brille à la face des hommes. Les hommes de notre temps se pressent autour de tant de sources polluées ! Que votre vie tout entière les conduise au puits de Jacob, que votre vie de couple et de famille les interroge : « Si tu savais le don de Dieu ! ». Qu’en vous voyant vivre ils entrevoient le « oui » enthousiaste du Seigneur à l’amour authentique ! Que votre vie tout entière leur fasse entendre l’appel du Christ : « Celui qui a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi. Comme dit l’Ecriture : de son sein jailliront des fleuves d’eau vive » (Ibid. 7, 37-38).
Que Notre-Dame vous obtienne à tous d’accueillir le Don de Dieu et de le donner aux hommes comme elle l’a fait !
Et moi, de grand cœur, à chacun de vos foyers, à tous les membres des Equipes Notre-Dame, surtout à ceux qui connaissent l’épreuve, et aussi aux prêtres et aux religieuses qui accompagnent votre réflexion, je donne ma Bénédiction Apostolique.
Pape Jean-Paul II - à Rome le Jeudi 23 septembre 1982 pour les Equipes Notre-Dame.
Plus : Attendre avant le mariage.
Une recherche de qualité relationnelle. Conférence du père François Potez
IV / Couples sans institutions et mariages sans bases « naturelles ».
a) L’effacement du mariage comme institution.
La tendance à l’instabilité des conditions familiales n’est pas l’expérience majoritaire. Selon l’INSEE, le mariage recule comme institution formelle, 62% des enfants naissent « hors-mariage » en 2020[35], mais les couples vivant avec des enfants sont « traditionnels » et non recomposés à 75% en 1990 et 67% en 2020[36]. En France en 2023, 67 % des enfants mineurs vivent dans une famille « traditionnelle », 23 % dans une famille monoparentale et 10 % dans une famille recomposée[37].
Dans le même temps, les expériences d’instabilité et de recomposition peinent de plus en plus à passer pour un idéal. Elles peuvent alimenter indirectement les énergies opposées de militants marqués par la perte d’un parent (Caroline Mecary, Henri Guaino) ou du divorce (« Frigide Barjot », Caroline Fourest). Elles sont aussi souvent associées à la pauvreté des familles monoparentales[38] et à une moindre réussite scolaire, avec 25 % au lieu de 45% de diplômés à bac+3 pour des enfants de couples de cadres diplômés et séparés ou non[39].
[35] https://www.insee.fr/fr/statistiques/5414761
[36] https://www.insee.fr/fr/statistiques/5422681
[37] https://www.insee.fr/fr/statistiques/8310621
[38] Collectif Onze, « L’appauvrissement des mères après une séparation n’est pas simulé ! », lemonde.fr, 25 juin 2015
[39] Paul Archambault, « Séparation et divorce : quelles conséquences sur la réussite scolaire des enfants ? », Population et Société, n°379, mai 2002
b) Des pressions sociales défavorables à l’enfantement.
La question maternelle reste moins médiatisée, mais redevient, elle aussi, sensible. On y trouve une part de l’inégalité des salaires moyens des hommes et des femmes avec un écart de 12,4% ou 0,4% si elles ont eu un enfant ou non[40].
Ill 2 : Le congé parental réformé en 2015, effets sur la natalité et contestations citoyennes sur internet.
Le « congé parental » élargi en 1994 aux mères de deux enfants et alors indemnisé à hauteur de 3000 francs par mois a eu un succès important avec une baisse de plus de 65 à moins de 55% de leur taux d’activité ; il a peut-être aussi eu un effet sur la remontée de la natalité dans les années suivantes[41], alors que le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans était en baisse. Réformé par François Hollande en 2014 au nom de l’égalité son coût baisse presque de moitié avant 2018[42]. Ce choix, accompagné d’autres réductions des compensations de dépenses familiales est sans doute une des explications du décrochage des naissances à partir de 2015, plus rapide que la baisse du nombre de femmes de 20 à 40 ans. Les naissances baissent en effet de 3,7% en quatre ans entre 2010 et 2014 et de 8% pour une autre période de quatre ans entre 2014 et 2018[43]
[40] Aurélie Rossignol, « Les françaises sans enfants sont mieux payées que les mamans », leparisien.fr, 19 mai 2016
[41] Thomas Piketty. L'impact de l'allocation parentale d'éducation sur l'activité féminine et la fécondité en France, 1982-2002. Les Cahiers de l'INED, 2005
[42] Solveig Godeluck, « Depuis sa réforme, le congé parental fait encore moins recette », lesechos.fr, 23 janvier 2018
[43] Sylvain Papon, Catherine Beaumel, « Bilan démographique 2019 », insee.fr, 14 janvier 2020
c) Le mariage pour tous, sans discrimination, une évolution juridique.
Une protection de plus en plus avancée d’un certain nombre de droits individuels et de libertés sociétales est assurée par la Cour européenne des droits de l’homme. Chargée de la défense des libertés par les états membres du Conseil de l’Europe elle se considère comme « la conscience de l’Europe » et situe son action au service de « l’instrument vivant » que constitue la Convention européenne des droits de l’homme. En 2010 elle décide que ce texte « peut s’interpréter comme n’excluant pas le mariage entre deux hommes ou de femmes ». La Cour produit ainsi un droit évolutif qui s’appuie sur l’observation de « tendances internationales » d’évolution de la société vers plus de libertés et de droits individuels, même si elle constate qu’en l’état actuel des choses », les états « demeurent libres » de ne pas encore suivre ce rythme[44].
Un « droit souple » ou Soft law peut favoriser ces évolutions des lois et de la jurisprudence. Les « principes de Yogjakarta » réinterprètent par exemple en 2006 la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Ils prévoient que les Etats devront accorder une reconnaissance légale aux « diverses orientations sexuelles et identités de genre », y compris le droit de fonder une famille, « y compris par l’adoption ou la procréation médicale ».
Les Principes de Yogyakarta, rédigés en novembre 2006 par un groupe reconnu d'experts internationaux des droits humains à l'initiative de la Commission internationale de juristes et du Service international pour les droits de l’homme, sont une série de principes juridiques portant sur l’application de la législation internationale des droits humains en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre.
Les Principes, qui s’inspirent de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, affirment l’obligation qui incombe aux États de mettre en application les droits humains relatifs à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre et liste une série de droits qui devraient être garantis aux personnes LGBTI (par exemple : « Personne ne sera soumis à de la pression pour dissimuler, supprimer ou nier son orientation sexuelle ou son identité de genre »), et une série d’injonctions faites aux États pour assurer le respect de ces droits (par exemple : « mettre en place des programmes ciblés afin d’apporter un soutien social à toutes les personnes subissant une transition ou une réassignation de sexe »).
Présentés au Conseil des droits de l’homme des Nations unies le 26 mars 2007, ce document ne constitue pas une règle de droit : les Principes ne sont pas opposables ni n’ont de caractère contraignant. Cependant, ils ont inspiré certains instruments de droit international, ainsi que les motivations de certaines cours et tribunaux et les lois internes à plusieurs États.
En 2017, a lieu une actualisation des Principes de Yogyakarta, notamment sur les droits des personnes transgenres et non-binaires, qui aboutit à la publication des « Principes de Yogyakarta + 10 ».
Wikipédia, août 2025
Plus largement, il s’agit de lutter contre la discrimination des groupes minoritaires et « stigmatisés » en fonction de leur race, de leur sexe ou de leurs orientations ; dans un mouvement de politiques « inclusives » qui politise le rapport des individus avec leur corps. Pour le sociologue Éric Fassin, c’est une lutte contre « toute naturalisation de l’ordre social »[45]. La volonté doit triompher des déterminations et des caractéristiques reçues de la nature, du passé ou de la société. C’est aussi un moyen d’assurer une forme d’égalité radicale entre les individus interchangeables d’une société concurrentielle.
[44] Gregor Puppinck, les droits de l'homme dénaturé, Editions du Cerf, 2018
[45] Eric Fassin, Liberté, égalité, sexualités : actualité politique des questions sexuelles, Belfond, 2003
Doc 6 : Une défense de la Loi Taubira, pour le mariage homosexuel au nom de l’égalité.
José Luis Rodríguez Zapatero, « Grâce au mariage pour tous, la République française sera plus républicaine », Le Monde, mercredi 5 décembre 2012
Le projet de loi ouvrant le droit au mariage aux personnes de même sexe, promu par la garde des sceaux, Christiane Taubira, est une excellente nouvelle. Le président François Hollande tient sa promesse vis-à-vis des citoyens, et démontre ainsi que la politique peut rompre les barrières qui limitent l'égalité et la liberté.
En 2005, mon gouvernement a approuvé en Espagne la loi reconnaissant le droit aux homosexuels de se marier dans les mêmes conditions juridiques que les personnes hétérosexuelles.
Nous n'étions pas les premiers à le faire, les Pays-Bas et la Belgique avaient déjà approuvé des mesures similaires en 2000 et 2002 respectivement; et nous savions que nous ne serions pas les derniers.
Depuis, un grand mouvement en faveur du mariage homosexuel s'est étendu dans le monde : le Canada (2005), l'Afrique du Sud (2006), la ville de Mexico (2009), la Norvège (2009), la Suède (2009), le Portugal (2010), l'Islande (2010), l'Argentine (2010), le Danemark (2012) ainsi que plusieurs Etats aux Etats-Unis comme le Massachusetts (2004), le Connecticut (2008), l'Iowa (2009), Washington DC (2009), le Vermont (2009), le New Hampshire (2010) et l'Etat de New York (2011).
Une longue liste qui est devenue une véritable chaîne de l'égalité dans laquelle nous étions en droit d'espérer y retrouver la France. Et je me permets de le dire avec tout le respect que je dois aux citoyens et aux forces politiques de ce grand pays.
En Espagne, sept ans après l'adoption de la loi, la normalité du mariage homosexuel s'est imposée. Des milliers de couples du même sexe se sont mariés, et leurs projets de vie, de bonheur et d'amour sont totalement respectés. Et il est logique qu'il en soit ainsi. Quel mal peut-il y avoir à octroyer les mêmes droits à ceux qui n'en ont pas profité à cause de préjugés invétérés ?
Il y a quelques jours, le Tribunal constitutionnel d'Espagne a confirmé la pleine constitutionnalité de la loi espagnole de 2005, contre laquelle le Parti populaire avait recouru à cette époque-là. Celui-ci a accepté la décision et s'est engagé à ne pas modifier la loi en vigueur. C'est un grand progrès, et la droite française devrait se retrouver dans cette décision.
En sept ans seulement, la rationalité démocratique s'est consolidée. La grande majorité de la société espagnole ne remet plus en question, et ne le fera sans doute plus jamais, l'égalité civile de tous les citoyens, quelle que soit leur orientation sexuelle.
Un tel changement a rarement été accepté avec autant de naturel. Il est vrai cependant que chaque fois qu'un pays décide de reconnaître le mariage homosexuel, un intense débat social a lieu. Nous ne devrions pas nous étonner des réactions contraires ou même des discours apocalyptiques. Convertir une idée mise au ban pendant de nombreuses années en quelque chose de naturel et légal est un chemin semé d'incompréhensions. Bien que les faits démontrent que ce changement tend à s'enraciner avec force là où il s'est produit. Et il en va de même pour la liberté, dans toutes ses expressions, car il s'agit d'une force imparable, que seuls craignent ceux qui n'en bénéficient peut-être pas.
Le relativisme est souvent invoqué afin d'expliquer cette nouvelle vision du mariage. Il ne s'agit pas de relativisme mais d'égalité, tout simplement. L'égalité de ceux qui, bien qu'étant une minorité, ne sont pas des étrangers dans leur propre patrie : ils travaillent, ils rêvent, ils souffrent, ils aiment, tout comme leurs compatriotes. Grâce à cette loi, de nombreux Français sentiront le bonheur d'être reconnus et la société, plus digne, n'en sera que plus sûre.
La civilisation doit beaucoup à la France, patrie des droits de l'homme. Nous lui devons, en très grande partie, l'accélération de l'Histoire en faveur de la liberté et de l'égalité des êtres humains. La loi du mariage pour tous rendra justice à tous ceux qui ont été injustement traités par l'Histoire. Nous aurons gagné une nouvelle bataille contre la discrimination.
Et il est vrai que notre histoire est remplie d'épisodes peu glorieux. Esclavage, marginalisation et soumission accablantes des femmes, racisme, persécution des homosexuels, qui durant des siècles ont été humiliés, ont vu leur dignité piétinée, leur liberté réprimée...
Discriminer, ce n'est pas défendre une idée politique, religieuse ou morale ; c'est tout simplement discriminer. L'Histoire démontre également que l'éradication des discriminations et la reconnaissance de la liberté de tous, loin de perturber l'ordre social, renforce un idéal particulièrement chéri des peuples : l'égale dignité de tous les êtres humains.
Le Tribunal constitutionnel espagnol a déclaré que l'ouverture du mariage civil avait entraîné l'acquisition de nouveaux droits en faveur des couples homosexuels, droits qui leur avait été refusés jusqu'alors, sans que les couples hétérosexuels aient à y renoncer pour autant.
De plus, je suis convaincu que cette ouverture du droit est un message fort de tolérance envoyé à toute la société. Il dépasse les couples homosexuels qui décideront de se marier dans le futur, pour se convertir en une norme de respect vis-à-vis de l'orientation sexuelle des citoyens de façon générale. Et il permettra également de renforcer la lutte contre tout type de discrimination existante.
J'ai toujours estimé qu'une société était plus digne et réellement plus humaine et civilisée si elle ne discriminait aucun de ses compatriotes, que ce soit pour leurs croyances, leur couleur de peau, leur orientation sexuelle, ou n'importe quelle autre chose.
Avec l'adoption de la loi du mariage pour tous, la République sera plus républicaine. L'Europe consolidera son leadership éthique, et une page de plus s'écrira dans la conquête historique pour la Liberté, l'Egalité et la Fraternité. Ainsi la confiance en la politique demeurera vive, et celle-ci continuera de servir à transformer les idéaux en droits.
Doc 7 : Contre la loi Taubira, défense juridique du mariage comme institution traditionnelle.
Anne-Marie Le Pourhiet, « L’amour et l’égalité sont des arguments inopérants », La Croix, no. 39397, Forum et débats, vendredi 5 octobre 2012
Tout d'abord l'amour n'a rien à faire dans le code civil, il n'a jamais été le fondement du mariage, qui obéit à une finalité sociale et non pas sentimentale. C'est la raison pour laquelle on a longtemps considéré, même si ce n'est plus le cas dans notre société actuelle du tout-jetable, que, si l'amour est éphémère, le mariage doit lui survivre pour assurer la stabilité de la famille et de tout ce qui va avec. Le législateur n'a pas à s'occuper des coeurs, mais de l'intérêt social. Si l'amour suffisait à justifier le mariage, alors, effectivement, Mgr Barbarin a parfaitement raison de dire que l'on devrait aussi légaliser l'inceste et la polygamie. S'il suffit que Roger aime Raymond et réciproquement pour qu'ils s'épousent, alors il suffit aussi que Karim aime Fatima, Rachida et Yasmina et réciproquement pour qu'on les marie tous les quatre. La polygamie est sans doute étrangère à la culture occidentale, mais elle ne nous est pas intellectuellement inconcevable, alors que le mariage de deux hommes ou de deux femmes est aberrant pour toutes les civilisations.
En second lieu, le mariage s'est en effet toujours universellement et exclusivement conçu comme l'union d'un homme et d'une femme, et c'est encore de la sorte que le définit évidemment l'article 12 de la Convention européenne des droits de l'homme : « À partir de l'âge nubile l'homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l'exercice de ce droit. » L'article 23 du pacte des Nations unies sur les droits civils et politiques indique également : « Le droit de se marier et de fonder une famille est reconnu à l'homme et à la femme à partir de l'âge nubile. » Cette référence à l'âge nubile, qui fut pendant longtemps celui de la puberté avant que la préoccupation de maturité des époux et de limitation des naissances n'y introduise progressivement la majorité, montre bien ce qu'est le mariage c'est-à-dire l'institutionnalisation juridique de l'accouplement, lequel se définit comme l'union sexuelle d'un mâle et d'une femelle.
Il est donc parfaitement clair qu'il n'y a ici aucun problème d'égalité ni de discrimination, puisque c'est la définition même du mariage que de désigner l'union d'un homme et d'une femme, il n'a jamais été défini nulle part comme la simple union de deux ou plusieurs « personnes ». Les Romains n'étaient pas homophobes, loin s'en faut, mais l'on ne trouve évidemment pas de trace de mariage homosexuel en droit romain, cela n'a aucun sens. C'est la raison pour laquelle les militants homosexuels qui ont saisi la Cour européenne des droits de l'homme et le Conseil constitutionnel, pour se plaindre avec mauvaise foi de discrimination dans l'accès au mariage, se sont toujours fait retoquer au motif que le principe d'égalité ne saurait évidemment s'appliquer à des situations différentes.
Doc 8 : Le mariage homosexuel, un triomphe du mariage d’amour.
Éric Zemmour, « Le mariage, pour le meilleur et pour le pire », Le Figaro, jeudi 4 avril 2013
A propos du livre : OÙ VA LE MARIAGE ? Agnès Walch, Fayard, 2013
ON DOIT TOUJOURS finir un livre. Non par morale mais par intérêt. Parfois, ce qu'on a vainement attendu pendant tout l'ouvrage éclôt dans les dernières pages. … Et puis, il y a la fin. L'épilogue. Quelques pages qui éclairent tout ; donnent un côté roman policier au travail universitaire …
On y lit notre avenir dans un meilleur des mondes démocratique possibles, où des « unions libres » de parents multiples, trois, quatre, ou plus encore, élèvent des garçons qu'on oblige à jouer à la poupée et des filles qui n'ont pas le droit de s'habiller en robe ou en rose.
Le mariage à l'ancienne n'est alors plus qu'un lointain souvenir. Comme les grands-parents, trop nombreux, trop aléatoires, qui incarnent des racines et un passé qu'on veut effacer. Les femmes vivent sans homme attitré, la polygamie est banalisée ; la pénétration est un acte sexuel interdit car inégalitaire, « seules les relations manuelles et buccales sont autorisées puisqu'elles peuvent être pratiquées par tous ».
À la lueur de cet épilogue terrifiant - décrit d'une manière clinique et froide - l'évolution récente du droit, de l'égalité entre les enfants légitimes et naturels, au divorce par consentement mutuel, apparaît comme une longue marche vers la destruction du mariage, rêvée par de nombreux utopistes progressistes. Les intellectuels réactionnaires voient leur combat légitimé par l'avenir qu'ils n'ont pas connu : une marche a entraîné l'autre. Vers le précipice.
Dans cette longue marche, les revendications en faveur du mariage homosexuel seront à la lumière de l'Histoire une ultime étape inéluctable pour achever définitivement une institution déjà blessée à mort par le mariage d'amour et l'égalitarisme féministe. Avec le mariage traditionnel - et ses avantages juridiques et fiscaux - l'État remerciait les couples pour ce qu'ils apportaient à la société : les enfants. Avec le mariage homosexuel, ce sont des individus qui exigent - et obtiennent - des avantages de l'État alors qu'ils n'apportent rien à la société.
Ainsi, à chaque semaine son oxymore : la semaine dernière, c'était le vivre-ensemble invoqué au moment où il se délite sous les coups du multiculturalisme ; cette fois, c'est le mariage pour tous, qui signifie le mariage pour personne. À partir du moment où l'amour légitime tout, le mariage homosexuel sera bien l'ultime porte d'entrée du mariage à plusieurs.
Extraordinaire et paradoxale histoire que celle du mariage. C'est l'Église qui a combattu les mariages arrangés au nom du « consensualisme des époux », contre la volonté des aristocrates et des nobles. Cette Église qu'on accuse aujourd'hui dans les médias d'être l'odieux adversaire de l'amour puisqu'elle refuse le « mariage gay » !
G. K. Chesterton avait raison : « Le monde est empli d'idées chrétiennes devenues folles ! » Mais les hommes du passé avaient tenté, et largement réussi, un subtil équilibre entre amour, protection et filiation ; nos contemporains, à la fois arrogants et simplistes, ont tout misé sur l'amour, qui a dévoré les deux autres.
Doc 9 : Contre le droit à l’adoption par les homosexuels, « Un père, une mère, c’est élémentaire ».
Henri Guaino, « Mariage homosexuel : l'adresse d'Henri Guaino à François Hollande », Le Figaro, vendredi 25 janvier 2013
Étant moi-même né de père inconnu, j'ai été élevé par deux femmes : ma mère et ma grand-mère.
Ces deux femmes qui n'ont jamais rien demandé à personne m'ont donné tout ce qu'elles pouvaient me donner avec cet amour infini qui fait une enfance heureuse et je ne laisserai personne dire que nous ne formions pas, elles et moi, une famille. Je suis certain que l'enfant d'un couple divorcé dont l'un des parents décide de vivre avec une personne de même sexe peut trouver dans ce nouveau foyer une famille aimante. Je suis certain qu'un couple homosexuel uni peut offrir à un enfant un plus grand bonheur que bien des couples hétérosexuels déchirés par la violence ou ravagés par l'alcoolisme.
Mais le sujet n'est pas davantage celui de l'amour que peuvent éprouver l'un pour l'autre deux hommes ou deux femmes que celui qu'ils peuvent donner à un enfant. Le sujet, c'est le rôle, la nature, l'avenir d'une institution qui est au fondement de la société.
Une institution n'a pas pour but de répondre à tous les cas particuliers, d'épouser toutes les situations de fait. Voyez-vous, quel que soit le bonheur que j'ai pu éprouver, enfant, entre ma mère et ma grand-mère, je n'ai jamais songé pour autant qu'une mère abandonnée et une grand-mère aimante puissent constituer un modèle de famille qui devrait être institutionnalisé. Et les situations de fait que connaît aujourd'hui notre société, les changements profonds qui ont fait perdre au mariage une bonne partie de son rôle normatif, ne constituent en rien un argument pour légitimer votre projet. La famille ne se confond plus avec le mariage. Mais cela ne change rien aux conséquences de votre réforme sur la société et au fait qu'en ouvrant le mariage aux couples de même sexe vous mettriez le couple homosexuel exactement dans la même situation juridique et sociale vis-à-vis de l'enfant que le couple hétérosexuel.
Pourquoi ne dites-vous pas la vérité ? Pourquoi ne l'assumez-vous pas ? Votre loi n'a qu'un seul, un unique but : donner le droit aux couples homosexuels d'avoir des enfants dans les mêmes conditions que les couples hétérosexuels. Que vous le vouliez ou non, que vous l'assumiez ou non, le mariage pour tous instaure le « droit à l'enfant » pour tous. Ce qui pose d'abord un problème moral, car un enfant n'est pas un objet de désir et de plaisir, ce n'est ni une chose ni un avantage auquel on aurait droit : l'enfant est une personne. Une personne fragile et vulnérable vis-à-vis de laquelle nous n'avons que des devoirs.
Et songez à ce qui se passerait à l'école. Comment certains élèves pourraient-ils avoir un père et une mère et pas les autres ? Je veux dire que les autres ne pourraient même pas se représenter comme venant d'un père et d'une mère. Je me souviens de mon angoisse à chaque rentrée devant la feuille à remplir : « nom et prénom du père, profession... ». Imaginez-vous, Monsieur le Président, l'embarras de l'instituteur parlant du père et de la mère à des enfants pour lesquels ces mots ne pourront absolument rien représenter quand, pour les autres, ils auront une signification évidente ?
Pensez à tous ces enfants qui n'auraient plus le droit d'avoir un père et une mère, voulant remonter à leur origine biologique et ne rencontrant jamais l'image de l'étreinte amoureuse par laquelle un homme et une femme donnent la vie.
Pensez à tous ces enfants qui, cherchant d'où ils viennent, ne trouveraient que des éprouvettes, des banques de sperme, des ventres loués, des manipulations génétiques, peut-être, un jour, des utérus artificiels... Car il faut imaginer l'énorme pression, l'énorme incitation qui se manifesteraient pour l'utilisation de toutes les techniques de procréation, licites ou non, auxquelles la science permettra d'avoir accès, si votre réforme devait aboutir.
V / Après le mariage et le couple, bataille de témoignages à propos des enfants.
Malgré l’absence de normes sociales obligatoires à propos du couple, les individus continuent à ressentir le poids de « pressions sociales » à propos de leurs choix de vie. Les formes juridiques du couple sont devenues très diversifiées entre le choix possible d’un mariage qui peut encore obliger à verser une pension alimentaire en cas de divorce et diverses formes de concubinage ou d’union libre mais elles impliquent toujours la question des enfants possibles. Le débat se déplace donc vers l’affrontement de témoignages d’expériences vécues comme des pressions sociales à propos des modèles de parentalité.
Doc 10 : France Inter. "J’associe beaucoup la famille à la déperdition, à la tristesse, l’ennui", affirme Geoffroy de Lagasnerie
Lundi 6 mars 2023 Provenant du podcast : L'invité de 7h50
Le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie publie "3. Une aspiration au dehors" (Flammarion), une réflexion sur son amitié avec l'écrivain Edouard Louis et le philosophe Didier Eribon.
Résumé des questions de Léa Salamé.
Transcription des réponses de Geoffroy de Lagasnerie.
On rentre dans l’aspect radical de ce livre. Cette amitié à trois est vécue contre. Contre le familialisme, qui incarne le conservatisme et une existence centrée sur l’éducation des enfants. Le culte de la vie domestique et de l’égoïsme collectif qui favorise le développement des structures mentales autoritaires voir fascistes. Vous n’allez pas un tantinet loin ?
Non. C'est montré sociologiquement, le simple fait de se mettre en couple divise par cinq la fréquentation et le nombre de sorties. L’appauvrissement considérable du tissu relationnel qui est objectivement engagé dès qu’on s’engage dans vie conjugale et familiale. La vie se met à avoir un centre qui est le foyer qui est l'intérieur qui est le domestique et donc qui produit un appauvrissement considérable du rapport aux autres et à la société.
Moi j'associe beaucoup la famille à la déperdition, à la tristesse, à l'ennui à la sociabilité à l'obligation à la calcification des identités alors que l'amitié c'est l'espèce d'aspiration à une vie au-dehors justement, à une vie qui n'a pas de centre, à une vie au-dehors justement, à une vie centrée sur la rencontre, donc la démultiplication des liens, donc la transitivité des liens donc la complexification des identités. Et un ami par définition, c’est quelqu’un qui nous présente d’autres amis. On est toujours l'ami des amis de son ami. L'amitié est une forme ouverte, une forme généreuse. C'est une forme d'accueil et qui à mon avis est susceptible de produire des dispositions mentales beaucoup plus libertaires que la famille et je dirais même que la politique devrait se préoccuper de développer le plus d'amitié possible. Pour moi la politique accomplit son œuvre dans le progrès de l'amitié. J'essaie d'imaginer qu’in n’y ait pas un ministère de la famille comme aujourd’hui mais un ministère de l'amitié. Pourquoi il n’y aurait pas des allocations amicales plutôt que des allocations familiales ? Dans la fonction publique, pourquoi faire des rapprochements de conjoints plutôt que des rapprochements d'amis ?
Mais pourquoi choisir forcément ? Pourquoi rejeter forcément le modèle familial, qui n’est plus le même que dans les années 50 ? Ya plein de modes de familles différentes, on n’est plus dans l’oppression d’un seul modèle. Est-ce que l’égoïsme n’est pas de votre côté quand ne pas avoir à s’occuper d’un enfant, de ses angoisses, donne plus de libertés pour voyager, aller au musée. Il y a un enrichissement à éduquer un enfant, à lui donner des choses. Il y a un acte de générosité là-dedans.
Alors c’est vrai que mon livre ne s'adresse pas aux gens qui sont à l'aise avec la vie familiale. Il s'adresse aux dissidents de la famille, des gens qui aujourd'hui ont 18 ans, 20 ans et qui se sentent un peu en décalage par rapport à ces schémas-là, qui se disent : comment est que je pourrais construire ma vie qui n’ont pas de modèle à proposer. Il s'adresse aux femmes isolées qui sont emprisonnées dans la reproduction des tâches domestiques si elles se demandent si elles ne sont passées à côté de leurs vies. Il s’adresse aux gens qui ont cinquante, soixante ans dont le compagnon, la compagne ont pu partir, dont les enfants sont partis qui se retrouvent seuls, ayant perdu des amis sur le chemin et qui se retrouvent dans une extrême solitude. Et à tous ces gens-là qui forment une sorte de communauté des dissidents de la famille j’essaie de proposer une sorte de modèle d’une vie possible et assumée pour vivre autrement.
Ill 3 : No Kid – Pro Kid. Bataille d’essais et de romans.

Ill 4 : Vague médiatique d’articles sur la possibilité de refuser d’avoir des enfants. Page Facebook « A mon avis vous essayez de nous dire un truc ».
Doc 11 : La famille bourgeoise immobile « blanquette de veau », nostalgie d’une civilité joyeuse et courageuse.
Paul Sugy, « Gabrielle Cluzel : Vive la bourgeoisie « blanquette de veau ! », lefigaro.fr/vox, 10 février 2020
FIGAROVOX.- C’est une catégorie sociologique que l’on ne trouve pas encore dans les manuels: dans ce livre, vous faites l’éloge de la «bourgeoisie blanquette de veau». Qui est-elle?
Gabrielle CLUZEL.- Ne désespérons pas! L’expression fera peut-être florès. Je la voulais pour titre de ce livre mais mon éditeur craignait que les libraires le rangent au rayon cuisine. Je le dis d’autant plus facilement qu’elle n’est pas de moi, il faut rendre à César… C’est Emmanuel Macron qui l’a inventée lors de sa campagne électorale, à propos de l’ouverture des magasins le dimanche : il a raillé la « blanquette de veau en famille » des « petits bourgeois », « des immobiles ».
Plat préféré du commissaire Maigret, la blanquette de veau fleure la France pompidolienne, tranquille et prospère. C’est la bourgeoisie « blanquette de veau» qui habitait les jolies maisons anciennes de centre-ville, …
Le secret de la blanquette de veau ? Sa sauce, son liant. C’est le vrai vivre ensemble, sans liant on finit par mourir seul. …
on a fait disparaître le liant social. Plus de « codes », donc plus de conventions - réputées hypocrites.
C’était un maillage fort qui unifiait, un référentiel commun, hérité des valeurs chrétiennes: la politesse, les «bonnes manières» sont enfants de la charité. La rigueur, la ponctualité, l’amour du travail bien fait, le sens du devoir, sont une déclinaison profane des règles bénédictines. …
L’affaiblissement de la famille a joué aussi un grand rôle dans cet effacement d’une part de l’âme française ?
On a piétiné la famille parce qu’elle est le premier enracinement, le premier moule qui s’impose à vous et vous oblige. Elle est un lieu aux valeurs réputées détestables : lieu d’autorité, entre parents et enfants. Lieu d’identité, de traditions communes. Lieu de transmission, d’un patrimoine génétique, matériel, culturel. Lieu - osons le mot provocateur - d’exclusion : chacun préfère, c’est une évidence, ses enfants à ceux des autres. Il n’y a pas plus fort que ce lien, et plus douloureux quand il se brise, comme vient de le montrer l’indignation face au refus de l’Assemblée d’allonger le congé des parents endeuillés. Bien sûr, tout n’est pas pavé de rose (les lecteurs de Poil de Carotte le savent bien…). Mais le lien est là, même douloureux. Le pays est la famille des familles, et chacune d’elles est dépositaire d’un peu de l’âme française. Précipiter son délitement par des lois dites sociétales, c’est précipiter celui du pays. …
Quelles sont les valeurs de ces «braves gens» que chantait Georges Brassens, et pourquoi leur disparition serait-elle si tragique?
Vous faites allusion aux braves gens conformistes et prompts à jeter l’opprobre? Mais il y a belle lurette que les braves-gens-n’aimant-pas-qu’on-suive-une-autre-route-qu’eux ont changé de camp! …
Les braves gens d’hier se sont mués en gens braves, car il faut du courage aujourd’hui pour porter ce référentiel commun évoqué plus haut. Les catholiques, parce que cet humus est chrétien et par leur tropisme de transmission, en font partie. … Les braves gens d’hier se sont mués en gens braves, car il faut du courage aujourd’hui pour porter ce référentiel commun évoqué plus haut. Les catholiques, parce que cet humus est chrétien et par leur tropisme de transmission, en font partie. …
Vous allez encore plus loin : selon vous, c’est la perte des codes et du savoir-vivre bourgeois qui a engendré la « fabrique des porcs », ces pervers sexuels que l’on balance aujourd’hui en quelques tweets ?
S’il était un langage codé, c’était celui-là. Il faut lire Galanterie française de Claude Habib, pour comprendre à quel point la France - plus encore que l’Italie - avait su tisser entre hommes et femmes une dentelle raffinée.
On a « cassé les codes », dérégulé les relations entre les sexes comme on a dérégulé les marchés. Pour plus de liberté. Libéraux et libertaires ont les mêmes ressorts. Les étapes intermédiaires, les « avant-contrats », fastidieux, comme dans le commerce, pour la partie la plus pressée de conclure et de compulsivement consommer, mais qui permettaient de construire le consentement et d’y conduire en pleine conscience - cour, fiançailles, mariage, etc.-, ont disparu au profit d’une relation immédiate, d’où le plus faible peut sortir lésé.
Mais alors, si ce que vous dites est juste, tout le monde serait d’accord avec vous : les féministes, les profs, les politiques de tous bords…?
Il est pénible de reconnaître qu’on s’est planté, qu’il n’aurait pas fallu jeter le bébé avec l’eau du bain et papa-maman en même temps, que l’art de vivre qu’on appelait carcan tenait lieu de colonne vertébrale, comme un mur porteur qu’on aurait fait tomber avec légèreté pour mieux respirer, sans voir que la maison allait s’effondrer. … Pour beaucoup d’acteurs des changements sociétaux que nous venons d’évoquer, le piétinement des valeurs bourgeoises était aussi une forme de libération. La société a eu l’impression de s’extraire d’un carcan, et peu de monde aujourd’hui le regrette. …
Clotilde était fine, belle et pieuse. Clovis était, dit-on, un chef magnanime, mais à en croire sa façon de régler l’affaire du vase de Soissons, il n’avait suivi aucun stage de communication bienveillante. Loin de balancer son porc, elle l’a civilisé. Le convertissant, et avec lui la France entière. On lui doit notre civilisation. Acceptons-en l’héritage avec fierté.
Doc 12 : Le « Mee too » d’un inceste et la critique d’une famille sans règles ni limites.
Camille Kouchner, La familia grande, Seuil, 2021
Extraits.
« C’est mal, tu crois ? »
Victor m’a demandé de venir le voir dans sa chambre. C’était après la première fois. Quelques semaines après, je crois. Il m’a dit : « Il m’a emmené en week-end. Tu te souviens ? Là, dans la chambre, il est venu dans mon lit et il m’a dit : “Je vais te montrer. Tu vas voir, tout le monde fait ça.” Il m’a caressé et puis tu sais… » Je connais mon frère, il est apeuré. Plus qu’emmerdé de me parler, il guette mon regard, essaye de savoir : « C’est mal, tu crois ? »
Ben non, je ne crois pas. Puisque c’est lui, c’est forcément rien. Il nous apprend, c’est tout. On n’est pas des coincés ! Mon frère m’explique : « Il dit que maman est trop fatiguée, qu’on lui dira après. Ses parents se sont tués. Faut pas en rajouter. » Là, je suis bien d’accord. Il me dit aussi : « Respecte ce secret. Je lui ai promis, alors tu promets. Si tu parles, je meurs. J’ai trop honte. Aide-moi à lui dire non, s’il te plaît. » Et parfois : « Je ne sais pas s’il faut se fâcher. Il est gentil avec moi, tu sais.
L’ambiance familiale
Je les ai si souvent vus faire. Je connais bien leur jeu. À Sanary, certains des parents et enfants s’embrassent sur la bouche. Mon beau-père chauffe les femmes de ses copains. Les copains draguent les nounous. Les jeunes sont offerts aux femmes plus âgées.
Je me souviens du clin d’œil que mon beau-père m’a adressé lorsque, petite, j’ai découvert que sous la table il caressait la jambe de la femme de son copain, le communicant avec lequel nous étions en train de dîner. Je me souviens du sourire de cette femme aussi. Je me souviens des explications de ma mère à qui je l’ai raconté : « Il n’y a rien de mal à ça, mon Camillou. Je suis au courant. La baise, c’est notre liberté. »
Je me souviens encore que, après une autre soirée, une main courante a été déposée. La jeune femme, à peine 20 ans, était endormie lorsqu’un garçon s’était glissé dans son lit. Elle s’était enfuie à Paris et avait prévenu ses parents. Des explications avaient suivi. La jeune femme a été répudiée, vilipendée par mon beau-père et ma mère, effarés par tant de vulgarité. Quant à moi, on m’a expliqué ce qu’il fallait en comprendre : la fille avait exagéré.
Trouble et non dénonciation.
Régulièrement, Victor me convoquait. Il voulait que je sache : son psy, ses cauchemars. Il me racontait ses rares discussions avec notre beau-père qui refusait de s’excuser, qui lui disait aller si mal qu’il pourrait se tuer. Il me rapportait ses suppliques pour lui imposer de tout cacher à ma mère et au reste de la familia grande. Régulièrement, mon frère me le rappelait : « Si tu me lâches, je n’y arriverai pas. Si ça se sait, Bernard nous en voudra. Si ça se sait, je ne pourrai plus aller nulle part sans être dévisagé. Si ça se sait, tout le monde saura. Viens, j’ai besoin de te parler, mais toi, tais-toi, s’il te plaît. » …
Pendant toutes ces années, et longtemps après, j’ai protégé mon beau-père. Pas parce que mon frère me le demandait mais parce que je l’aimais comme un père et que dans l’explosion de notre famille, face à la dérive de ma mère, il était tout ce qu’il me restait. Parce qu’il organisait nos vacances, nous emmenait au ciné et bientôt m’apprendrait le droit. Parce que toute mon enfance, toute mon adolescence, après les suicides, mon beau-père m’a portée. …
Accusation.
Je vais t’expliquer, à toi qui dis que nous sommes tes enfants. Quand un adolescent dit oui à celui qui l’élève, c’est de l’inceste. Il dit oui au moment de son désir naissant. Il dit oui parce qu’il a confiance en toi et en ton apprentissage à la con. Et la violence, ça consiste à décider d’en profiter, tu comprends ? Parce que, en réalité, à ce moment-là, le jeune garçon ne saura pas te dire non. Il aura trop envie de te faire plaisir et de tout découvrir, sûrement. Je vais t’expliquer que, à force, ensuite, le jeune garçon va dire oui pour nier l’horreur de la situation. Ça va durer, et puis il va culpabiliser, se dire que c’est sa faute, qu’il l’a cherché.
Ce sera ton triomphe, ta voie de sortie pour en réchapper.
Le viol consiste en tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis par violence, contrainte, menace ou surprise. Ça, pour une surprise ! Et la contrainte, alors ? Comme une putain de contrainte morale ! Comme le fait qu’on t’ait tellement aimé, tu vois ? Comme le fait qu’on ait eu tellement confiance en toi et qu’on aurait pu te défendre jusqu’à la mort s’il l’avait fallu ! Comme le fait qu’on n’a même pas pu t’envoyer en taule tellement on avait peur pour toi. Comme le fait que c’était toi. Pas un autre. Toi.
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- Catégorie : Education à la Vie Affective Relationnelle et Sexuelle
Education à la vie affective, relationnelle et sexuelle.
Programme officiel et présentation des modalités d'organisation de cet enseignement.
Une relecture des programmes.
Programme EVARS reclassé par thèmes, âges et niveaux d'enseignement.
Programme EVARS reclassé et comparé avec des contre-propositions personnalistes et familialistes.
Présentation des âges de première apparition des notions, mots et descriptions détaillées des étapes de la maturation affective, relationnelle et sexuelle.
Perspective de cette présentation.
Le travail présenté ici par l'auteur de ce site s’inscrit dans le projet « démocratique » d’un enseignement « à bonne distance ». Prenant en compte la diversité des points de vue dans une société démocratique il cherche à présenter les propositions en présence. Il s’inscrit aussi dans l’idée que l’éducation affective et sexuelle est une matière complexe et délicate et que la qualité de son enseignement peut s’améliorer par une meilleure connaissance des réflexions actuelles à ce sujet.
Il présente donc le texte complet du programme, réorganisé pour en montrer les thèmes et la progressivité. Ce programme peut aussi être lu en étant mis en regard avec une prise de notes de lecture sur deux livres qui présentent la vision personnaliste et familialiste d’une éducation affective et sexuelle.
Contexte politique et social.
Les manières de vivre et les pratiques relationnelles entre hommes et femmes sont infiniment diversifiées dans la vie des personnes, mais elles sont aussi souvent très stables dans leur définition sociale moyenne. Cette dimension commune peut cependant évoluer. Le Code civil d’après la Révolution française a pu augmenter les inégalités juridiques entre hommes et femmes, au nom d’une différenciation très forte des rôles masculins et féminins alors que l’après seconde guerre mondiale a pu favoriser une baisse du travail féminin au profit du travail d’éducation d’enfants plus nombreux[1].
Après la date symbolique de « mai 68 », la libération des comportements sexuels et l’égalisation des conditions juridiques masculines et féminines ont largement changé les perspectives d’une transmission des attitudes relationnelles par une « éducation sexuelle » officielle. Deux générations humaines après, les attitudes très largement libérales des années 1970 à 2000 ont été questionnées par le sida dans les années 1980, l’émergence des questions de genre dans les années 2010 et le mouvement #Meetoo dans les années 2020.
L’idée d’un primat de la liberté dans les relations inter individuelles n’a plus été aussi évidente après de multiples révélations d’abus de cette liberté. La « main invisible » qui était sensée équilibrer les relations amoureuses comme elle pourrait le faire pour les marchés économiques n’a plus semblé si bien fonctionner quand Laurence Parisot, présidente d’un mouvement de patrons d’entreprises disait en 2005 : « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?». Il devient plus difficile de « tout comprendre » avec tolérance et de ne « rien expliquer » des causes et des conséquences en matière relationnelle.
Des modèles divergents ?
Les modèles d’éducation affective et sexuelles sont alors devenus encore moins consensuels qu’avant et en viennent à opposer trois tendances principales.
- Un modèle libéral malgré tout maintient l’idée qu’il ne faudrait pas juger de la valeur des « pratiques sexuelles » qu’on peut observer dans la société. Il suffit pour ce modèle de prévenir les individus des risques possibles et de les inciter à adopter des attitudes respectueuses et responsables avant de réprimer les comportements violents.
- Un modèle égalitaire s’insurge contre les discriminations subies par certains groupes d’individus. Il critique la différenciation des sexes et des modèles de comportements comme source intrinsèque de violences. Il souhaite lutter contre les déséquilibres statistiques et contre les stigmatisations individuelles par un vigoureux efforts de conscientisation des esprits. Il veut aussi stigmatiser les discours « de haine » et réprimer les comportements discriminatoires.
- Un modèle personnaliste et familialiste considère l’individu dans la manière dont il vit ses relations avec ses proches, famille, amis et réseaux sociaux. Il privilégie les « liens qui libèrent », l’attente et le développement de la personnalité dans le temps. Dans sa perspective, les identités sexuelles masculines et féminines bien vécues et le cadre légal du mariage sont une protection contre les dérives de la liberté.
L’existence de visions largement contradictoires d’une possible éducation sexuelle n’interdit pas les convergences non dites et les questionnements simultanés. La révélation des abus traverse successivement des milieux très variés et repose la question de la possibilité du mal et de la violence au cœur des relations les plus intimes. Les observations accumulées de nombreux psychologues conduisent à des visions assez similaires des âges de maturité, avant et après la puberté et à une réticence marquée du programme officiel envers les relations sexuelles précoces. Il y a plus largement une certaine prise de conscience du caractère incertain, fragile et complexe de la relation à soi-même et aux autres qui se joue à l’adolescence.
Ces constats partagés ne suppriment par contre pas des divergences marquées dans l’analyse des causes de troubles dans les relations et dans les modèles d’identification. L’opposition se fait en particulier entre un effort pour effacer les mots et les pratiques de la différenciation des sexes afin de protéger une liberté individuelle inclusive et sécurisée ou au contraire une volonté de restaurer autant que possible des identités masculines et féminines assez assumées pour ne pas être violentes.
Organisation des responsabilités.
L’Etat présente un programme qui cherche à établir un modèle commun à base de « neutralité », de « respect » et « d’égalité ». Il prescrit à toutes les écoles publiques et sous contrat un nombre défini de séances annuelles. Après de nombreux débats, il en confie la « responsabilité première » aux enseignants, dans une conception et une organisation « collégiale » tout en étant confiée en priorité à certains d’entre eux, et sans que soient envisagés les points de vue particulier de tel ou tel enseignant. Cette éducation est « pilotée » et « soutenue » par les chefs d’établissements.
Les « partenaires » associatifs qui ont souvent pu être contestés précédemment sont encadrées par l’exigence d’une reconnaissance et d’un agrément, par la définition précise de besoins anticipés, préparés et identifiés. Leurs interventions se font en présence d’au moins un enseignant ou membre de l’équipe éducative et sous la responsabilité de l’équipe éducative et du chef d’établissement.
Les parents restent à la périphérie du programme car le texte officiel prévoit qu’ils ne sont « informés » que des « objectifs annuels » des formations et pas du contenu concret de celles ci. Cela a conduit un certain nombre de militants, de parents et de citoyens à présenter un recours en annulation de ce programme.
Contenus comparés et points critiques.
L’architecture générale du programme reste dans une perspective globalement libérale, mais nettement infléchie par la question des abus et le mouvement #Meetoo. Il ne s’agit pas de juger ouvertement telle ou telle pratique ou orientation, mais de prévenir contre les abus. Ces mauvais usages de la liberté sont définis en termes de mépris, de violences ou d’agressions qui viendraient limiter la liberté et la dignité d’un autre individu.
Les perspectives libérales et égalitaires se manifestent aussi largement dans les solutions envisagées et dans l’insistance sur la lutte contre les discriminations de sexe ou de genre. L’égalité en question passe par l’idée qu’aucun choix personnel d’identité ou aucun groupe d’individus ne pourrait être traité différemment, dans une perspective qui est considérée comme de la « théorie du genre » ou du « wokisme » pas ses adversaires. Cette vision d’une éducation relationnelle qui ne concernerait que des individus indéterminés et pas des personnes en relation se trouve en forte opposition avec la vision personnaliste de l’éducation affective.
La vision personnaliste converge par contre dans une certaine mesure avec le programme pour tout ce qui concerne l’éducation qu’il s’agit de réaliser à propos des relations sexuelles. Le programme officiel est en effet manifestement très réservé à propos des relations sexuelles précoces, contrairement à certaines pratiques d’éducation sexuelle antérieures. Il réitère régulièrement ses appels à la réflexion et à la responsabilité ou à la réserve et à la vérification d’un consentement plein et entier avant d’envisager la possibilité d’une relation sexuelle. L’information qu’il envisage se fait à des âges similaires ou un peu plus tardifs par rapport aux publications « personnalistes » étudiées ici. Les mots employés par le programme sont plus techniques, mais les textes personnalistes sont finalement plus explicites en bien des points. Les avertissements contre les abus, la pornographie ou la violence sexuelle sont similaires et relèvent aussi d’un féminisme protecteur, effrayé à juste titre des témoignages de violences, de viols et de prostitution de collégiennes qui se multiplient.
Les divergences avec la vision personnaliste ne concernent donc pas les âges et les pratiques, mais la manière de les expliquer et de les évaluer dans une vision des relations entre hommes et femmes.
La vision personnaliste place l'amitié avant l'amour. Elle refuse en effet de « tout comprendre » au sens d’admettre comme légitimes à priori tous les choix possibles. Elle veut au contraire « tout expliquer » par une mise en relation plus systématique des actes et de leurs conséquences. Cela conduit à une différence majeure dans le développement des conseils à propos des moyens d’entretenir des relations de respect, d’échange et d’amitié entre garçons et filles. Elle place en effet l'amitié et l'affection avant la concrétisation éventuelle d'une relation, qui est pensée dans le cadre du mariage et de l'interdépendance des responsabilités.
Le programme parle des actes de relation bien plus que des éléments psychologiques de celle ci. Il évoque très tôt la coopération entre garçons et filles, mais d'une manière un peu théorique. Par contre la valorisation de l’autre comme mode d'expression de l'affectivité n’apparaît qu’en terminale comme moyen d’épanouissement d’une relation.
Cette divergence de méthodes interroge le statut de la psychologie. Il se révèle alors en arrière-plan du débat entre les formes d’éducation affective et sexuelle, avec des échos des divergences entre les différentes visions de l’esprit humain.
La divergence essentielle porte aussi sur l’aboutissement et la finalité de cette éducation, familiale ou individualiste. La volonté du programme est libérale et égalitaire. Elle choisit de ne pas introduire de distinctions entre les différents types de familles.
Un effacement presque complet et très précoce de la référence familiale dans le texte du programme est sans doute une conséquence de cette perspective. Le modèle implicite du programme accepte ainsi une dissociation des pratiques entre relations adolescentes et relations d’adultes ou entre relations sexuelles, amicales ou familiales.
Le modèle personnaliste souhaite au contraire présenter le modèle classique du mariage tel qu’il est présenté dans les cérémonies civiles et religieuses. Il veut présenter comme possible l’association d’un homme et d’une femme dans une seule relation, fidèle, durable et responsable. Cela suppose de faire marcher ensemble autant que possible l’entente, la sexualité et les responsabilités, malgré la tentation des séparations.
Réflexions complémentaires.
L’opposition des perspectives se nourrit aussi d'un contraste entre les relations « telles qu’elles sont » et les relations « telles qu’elles devraient être », et entre les désirs passagers et les projets d’apprentissages de long terme. Cela renvoie aussi à des problèmes concrets et peu abordés dans ces textes : une majorité d’enfants qui vivent (encore ?) avec leurs deux parents biologiques, malgré l’ampleur du phénomène des séparations et divorces et de leurs conséquences scolaires, sociales et affectives.
Le débat sur les modèles d’éducation affective et sexuelle pose aussi d’autres questions. Il interroge en effet la diversité des opinions et des pratiques des français à propos de la famille, l’existence de modèles culturels de familles réduites à leur noyau « nucléaire » ou restées en partie « communautaires », endogames ou exogames, égalitaires ou non, en fonction de références culturelles qui, de fait, sont diverses.
Et ces programmes interrogent aussi la liberté des élèves au cours de la construction de leur personnalité. Celle-ci peut en effet être « sidérée » et heurtée par des révélations maladroites ou par des contenus choquants.
Cela s’inscrit aussi dans le champ plus large d’une éducation morale qui pourrait ne pas oublier non plus le vol et le partage, le mensonge et la recherche du savoir, la violence et la construction du compromis ou l’identité nationale et l’ouverture au vaste monde.
L’entrée d’un programme scolaire dans des matières morales autrefois abordées indirectement par la littérature ou l’histoire pose aussi la question de l’entrée de l’école dans la complexité des intériorités. En sortant des formes extérieures et mesurables, l’enseignement scolaire entre dans la zone mystérieuse du second degré et de l’intériorité, du choix et de l’inconscient. Elle en prend le risque sans toujours en mesurer les développements possibles.
Vincent Badré, pour le site histoirefabriquee.com, juin 2025
[1] Le taux d’activité des femmes de 30 à 34 ans dépassait les 50% de 1901 aux années 1930 et il tombe aux alentours de 40% entre 1946 et 1968. Margaret Maruani, Monique Meron, Un siècle de travail des femmes en France : 1901-2011, Paris, La Découverte, 2012